Le #12 des « Livrets de la France insoumise » aborde le thème de l'enseignement supérieur et de la recherche.

Il a été préparé par un groupe de travail animé par Hendrik Davi, docteur en écologie, Raphaëlle Temios, agrégée de sciences et vie de la Terre et de l’Univers, et Jean-Louis Bothurel, docteur en linguistique allemande.

Pour nous faire part de vos remarques sur le document, suggérer un événement de campagne thématique, merci d’écrire à l’adresse suivante : livret-esr@jlm2017.fr

 

Hendrik Davi 

Docteur en écologie et titulaire d’un master en philosophie des sciences, Hendrik Davi étudie l’effet du changement climatique sur les forêts. En tant que responsable et élu syndical, il est témoin des menaces que font peser les réformes successives de la recherche sur le bon fonctionnement de la science.

 

Raphaëlle Temios

Docteure en géophysique, agrégée de Sciences et Vie de la Terre et de l'Univers et Maître de Conférences, Raphaëlle Temios est impliquée dans les questions d'enseignement supérieur et de recherche.

Autour du livret

8 avril : Les Assises insoumises de l’ESR

La France Insoumise organisait samedi 8 avril une journée d’ « Assises insoumises de l’ESR » au siège national de la campagne. Il s’agissait pour l’équipe du livret thématique ESR d’approfondir la démarche d’élaboration continue et horizontale du programme. À cette fin, des syndicalistes, des membres de collectifs et des militant·e·s associatif·ve·s ont été invité·e·s à présenter leurs analyses sur la situation de l’ESR et les mesures à réaliser. D’un bout à l’autre de la journée, une cinquantaine de participant·e·s ont pris part à au moins un atelier ou une table ronde.

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Les contributions générales

Nous avons premièrement écouté le point de vue d’un syndicaliste élu au Conseil d’administration d’une grande université parisienne. Celui-ci a souligné le caractère crucial de la réflexion sur la démocratisation du gouvernement des universités, en parlant du « coup d’état universitaire » représenté par les lois LRU (Pécresse, 2007) et ESR (Fioraso, 2013). Il a également évoqué l’importance du combat culturel pour la défense des libertés académiques et  l’incompatibilité de l’éthique de la recherche avec le nouveau management scientifique. La discussion qui a suivi a d’abord été consacrée à la souffrance psychologique des personnels BIATSS, enseignant·e·s et chercheur·e·s, et à la question de la bataille culturelle à mener. Elle s’est ensuite déplacée vers la démocratisation de l’université et le rôle que les étudiant·e·s pouvaient y jouer. Elle s’est conclue par l’intervention d’un représentant du livret jeunesse de la France Insoumise.

Le dernier tiers de cette matinée de travail a été consacré aux communs de la science. Un enseignant chercheur militant de l’accès ouvert aux publications a présenté l’absurdité de la situation actuelle de racket des universités et des EPST par les grandes maisons d’édition internationales. Les différents modèles d’ « accès ouvert » ont ensuite été présentés, avec leurs limites et leurs contradictions. La discussion a porté essentiellement sur les modalités techniques de mise en œuvre de ce dispositif, sur son inscription dans un contexte international et sur le lien entre le marché des publications et le développement des outils bibliométriques, qui émanent des majors de l’édition mais peuvent être alimentés par certains types d’open access.

Les ateliers

Le premier atelier portait sur la précarité des métiers de l'ESR et les difficiles conditions d'exercice du fait des réformes passées.

Un représentant des collectifs de précaires de l’ESR a rappelé la diversité de la situation des enseignant·e·s précaires dans le supérieur, en revenant notamment sur la situation dramatique des vacataires, et a rappelé les revendications du collectif national des précaires de l’ESR. Ensuite, un enseignant-chercheur précaire a présenté la situation des doctorant·e·s en revenant sur l’inégalité des précaires selon le statut mais aussi selon la discipline et le lieu d’exercice. Il s’est ensuite attardé sur les deux arrêtés et le décret de 2016 réformant le doctorat. Ces interventions ont été suivies d’un rappel des positions déjà formulées par la France Insoumise sur les questions de précarité.

L’atelier s’est poursuivi par le témoignage d’un insoumis ingénieur de recherche contractuel sur son expérience des concours dans ce corps de métier. Ce témoignage et la discussion qui suivi ont permis de revenir sur la situation complexe des concours réservés, sur les effets pervers de la loi Sauvadet dans l’ESR et sur la mécanique consistant à externaliser finalement ce qui constitue le cœur de métier de la recherche à savoir l'acquisition et le traitement des données.

Le second atelier portait sur « l’université inclusive et les discriminations dans l’ESR ». Il était en deux parties :

La première intervention était le fait d’une universitaire syndiquée et militante féministe, présentant la contribution collective d’un groupe féministe associant enseignantes et étudiantes d’une université parisienne. En partant d’exemples concrets, le collectif pose un diagnostic sans concessions et formule une série de propositions appuyées sur les bonnes pratiques observées dans plusieurs établissements. L’équipe ESR a pris note de ces propositions et s’engage à les prendre en compte ainsi qu’à accentuer la lutte pour la parité et contre le plafond de verre encore très présent dans les professions de l’ESR.

La seconde intervention de cet atelier portait sur les discriminations de nationalité et en particulier sur l’accueil des étudiant·e·s réfugié·e·s, migrant·e·s, exilé·e·s et demandeur·e·s d’asile, par un syndicaliste étudiant également président d’une structure associative d’aide à la reprise d’étude pour les migrant·e·s à Paris. 22 universités en France ont mis en place des programmes d’accueil. Les retours font état d’un grand désarroi dans un contexte général d’universités sous-dotées en moyens financiers, humains et immobiliers. Dans un premier temps, la moindre des choses serait de faire respecter un certain nombre de textes en vigueur. La généralisation de sas de FLE est aussi une nécessité absolue. Dans le même état d’esprit, il faut combler un certain nombre de lacunes et d’incohérences réglementaires. Les premières mesures d’urgence évoquées relèvent du rappel à la loi assorti d’un contrôle de son application par les établissements, elles pourront être mises en œuvre immédiatement. L’équipe ESR note en outre la nécessité de reprendre, dans la future loi sur l’Université, les dispositions sur le service inter-universitaire d’accueil des étudiants·e·s étranger·e·s introduites par la loi Fioraso, afin d’éviter tout risque de régression réglementaire sur ce point important. La mise en place du cadre national de l’Université et le retour à des financements pérennes massifs créeront les conditions matérielles d’application d’un programme d’accueil des étudiant·e·s migrant·e·s qui respecte les obligations de l’Université française.

Ces Assises seront suivies d’autres évènements relatifs à l'ESR. Ainsi, nous organiserons un atelier législatif, mais aussi une seconde édition des Assises insoumises de l’ESR.

17 mars : La France Insoumise défend l’intérêt général et les libertés académiques dans le débat présidentiel organisé par l'AEF (+ vidéo)

AEF, la principale agence d’information spécialisée du domaine de l’éducation, organisait le 16 et le 17 mars ses « Rencontres universités entreprises » annuelles, et proposait dans ce cadre un débat entre les représentants des cinq principaux candidats à la présidentielle. La thématique retenue, « l’attractivité de l’ESR français », et les deux principaux axes développés, le paysage territorial de l’ESR et « attirer les talents », permettaient de contourner les questions qui fâchent : austérité, ANR, CIR, condition étudiante notamment. Le débat a néanmoins été l’occasion de constater une nouvelle fois la division du champ politique en trois blocs :

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- un bloc communautariste incarné par le Front National et son représentant, l’eurodéputé Gilles Lebreton, qui a présenté un pot-pourri de mesures mélangeant maladroitement antilibéralisme de façade, défense des intérêts particuliers à la limite du clientélisme, et bien sûr préférence nationale.

- un bloc gestionnaire qui se déclinait en trois nuances. Les députés Sandrine Doucet et Patrick Hetzel représentaient respectivement Benoît Hamon et François Fillon, tandis que l’ancien conseiller ministériel de Valérie Pécresse et actuel président de ComUE Thierry Coulhon portait le programme d’Emmanuel Macron. Tous trois ont fait l’apologie des statuts sur mesures pour les personnels et pour les établissements et présenté la déréglementation généralisée et le financement contractuel comme seul horizon possible. Le seul débat était de savoir jusqu’où le quinquennat qui s’achève avait permis d’atteindre ces objectifs libéraux, et sur la méthode à suivre pour aller plus loin dans la même direction.

- la France Insoumise, enfin, incarnait à elle seule le service de l’intérêt général, c’est-à-dire la défense d’une science libre, indépendante, critique et émancipatrice. Seul intervenant dont l’enseignement et la recherche étaient les activités principales, J.-L. Bothurel a expliqué l’inefficacité et l’iniquité de la politique actuelle de regroupements et de la course à l’excellence. Il a également été le seul à placer les universitaires au cœur de la réforme de l’ESR, et a défendu les propositions de la France Insoumise : recrutement national des enseignants-chercheurs, cadre national garantissant la lisibilité des diplômes et l’égale répartition des moyens, hausse des budgets, restauration des libertés universitaires contre une technostructure incompétente et intrusive, mais aussi solidarité entre les deux rives de la Méditerranée et développement de la recherche mondiale sur les nouvelles frontières de l’Humanité, avec la création d’universités internationales dévouées à ces questions.

La singularité des propositions de la France Insoumise a été remarquée, ainsi que leur ancrage dans la vie quotidienne des milliers de personnels de l’ESR victimes de la politique menée depuis dix ans par le bloc gestionnaire. L’incompréhension à peine dissimulée des représentants de celui-ci a été plus que compensée par les remerciements d’enseignants-chercheurs et de chercheurs, notamment précaires, satisfaits de découvrir un projet émancipateur concret et cohérent aux antipodes de la novlangue libérale et du repli communautaire. La France Insoumise continuera à répondre aux sollicitations et à défendre, contre la fausse alternative entre aveuglement austéritaire et repli ethnique, l’universalisme, le souci de la vérité et la générosité qui animent la science libre sans laquelle il ne saurait y avoir d’avenir en commun.

La vidéo ici : https://www.youtube.com/watch?v=xN4LETIVxD4&feature=youtu.be

7 février : La France insoumise défend ses propositions pour l’Enseignement Supérieur et de la Recherche

Mardi 7 février, le « Think education », new think Tank, organisait à Paris Dauphine (symbole de la flambée des frais d’inscription à l’Université...) sa seconde rencontre pour échanger sur l’innovation dans l’enseignement supérieur et débattre de ses enjeux sous l’égide de Microsoft, du MEDEF et d’autres partenaires.

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La France Insoumise était invitée comme les autres forces politiques à débattre des politiques pour l’enseignement supérieur et s’y est rendue malgré les divergences d’approche évidentes avec la majeure partie des intervenant·e·s. Les politiques devaient répondre aux questions d’acteurs du secteur : François Cansell, président de la CDEFI (Conférence des Directeurs des Ecoles Françaises d'Ingénieurs), Jean Michel Nicole, président de l’UGEI (Union des Grandes Ecoles Indépendantes), Anne Lucie Wack, présidente de la CGE (Conférence des Grandes Ecoles) et François Germinet, président de la commission formation professionnelle de la CPU (Conférence des Présidents d’Universités). Seuls la France Insoumise et les Républicains ont été représentés, Macron et Hamon n’étant pas en mesure d’être représentés faute de programme de l’aveu même de l’animateur.

Pendant près d’1h15, le représentant de la France Insoumise, Hendrik Davi, co-rédacteur du livret Enseignement Supérieur et recherche (ESR) a répondu aux questions variées sur les moyens pour la recherche, la réussite en Licence, la mixité sociale, la féminisation de la science, le rapport entre science et innovation ou le rapport entre écoles privées et écoles publiques. En répondant à ces questions, il a pu développer certaines des principales mesures du programme de la France Insoumise et apporter une vision radicalement divergente de l’orientation néolibérale actuelle  :

  • un ministère de l’ESR de plein exercice,
  • une allocation d’autonomie pour les étudiants  sous condition de ressources,
  • la création d’une université Nationale,
  • la réduction à 160h de la charge des enseignants chercheurs,
  • une augmentation de 5 milliards/an du budget de l’ESR,
  • un moratoire sur les regroupements d’université et la suppression de l’agence d’évaluation (HCERES).

Ces positions ont été attentivement écoutées par les différents participant·e·s et la précision de nos propositions a été remarquée. La France Insoumise continuera de présenter son programme en termes d’ESR pendant la campagne, partout où il le faudra.

Vous pouvez retrouver ce débat sur youtube à partir de 8:22:00 :

https://www.youtube.com/watch?v=ZAs8ZUYQXfg&feature=youtu.be