Le premier numéro de la collection des « Livrets de la France insoumise » détaille les mesures d’urgence et les grandes orientations sur l’agriculture et l’alimentation. Il a été préparé par un groupe de travail animé par Laurent Levard, agro-économiste, et Eve Saymard, agronome.

Pour nous faire part de vos remarques et propositions ou pour indiquer votre volonté de participer au groupe de travail constitué sur ce thème, merci d’écrire à l’adresse suivante : livret-agriculture@jlm2017.fr

Laurent Levard 

photo2-campagne-municipales-2014Agro-économiste de formation, Laurent Levard a notamment travaillé sur la politique agricole européenne (PAC) et sur les questions de développement et
de politiques agricoles dans les pays du Sud. 

Il est l'auteur de l'ouvrage «Pour une nouvelle révolution agricole» paru en 2012 aux éditions Bruno Leprince.

 

Eve Saymard 

Ingénieur agronome, Eve Saymard accompagne des agriculteurs et des porteurs de projet sur les thématiques liées au foncier, aux circuit-courts, à la création et à la transmission d'activité agricoles.

Autour du livret

Les carnets de campagne de Laurent Levard.

Laurent Levard, coanimateur du livret agriculture et orateur national sur ce thème, nous rend compte des événements qu'il anime au cour de la campagne. Ces récits permettent de saisir (au moins en partie) l’esprit des rencontres et l’accueil des idées du livret, a fortiori dans les territoire ruraux.

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14 Avril 2017 - Vienne

Riche journée de campagne ce vendredi 14 avril dans la Vienne, département partagé, du point de vue agricole, entre une partie plus céréalière et une partie à dominante polyculture-élevage. Nous étions aujourd’hui aux alentours de Poitiers et de Châtellerault dans des territoires plus clairement céréaliers.

Accueilli à la gare par Philippe Lenoir, je me rends tout d’abord à la Mairie de Coussay les Bois, près de Châtellerault, où, nous sommes reçus par le Maire, Michel Favreau. Avec d’autres élus locaux et l’association ASPECT (Association de sauvegarde et de protection de l’environnement de Coussay les Bois et de sa région thermale), Michel Favreau mène une lutte contre l’implantation d’une ferme usine sur le territoire de sa commune. Le projet de ferme usine « Les Paturelles » est non pas le projet d’un agriculteur, mais d’un industriel de l’alimentation animale. Il s’agit essentiellement d’un élevage hors sol de 1.200 taurillons et d’une unité de méthanisation, accompagnée de panneaux photovoltaïques. Accompagnés d’élus locaux, de Frédéric Abrachkoff, candidat de la deuxième circonscription de la Vienne pour la France insoumise, d’un petit groupe d’Inosumis.e.s et d’habitants de la commune, nous nous rendons donc sur la zone où doit s’installer ce projet.

Ce cas de figure illustre tout à la fois les dangers environnementaux de ce type de projet ; le mépris de la démocratie et de l’avis des élus et des populations de la part du gouvernement actuel et son double discours avec, à côté des discours sur l’agroécologie, une caution donnée à l’expansion de ce type d’agriculture industrielle. Avec en arrière fond les menaces de ce type d’agriculture pour la transition écologique de l’agriculture.

Le projet serait mise en œuvre sur une zone non constructible sur la carte communale de la commune, car située en zone humide et entourée d’une zone naturelle protégée (ZNIEF) boisée et référencée par la LPO (Ligue de Protection des Oiseaux) pour ses rapaces. Malgré l’avis défavorable de la commune et la mobilisation citoyenne, l’Etat est passé outre et a délivré l’autorisation à l’industriel. Un recours administratif est actuellement en cours, l’avis devant être délivré au mois de juin. En attendant, les travaux ont commencé, avec, scandale supplémentaire, la déforestation et la destruction des terres adjacentes à la zone située en ZNIEF ! Face à ce scandale, la Mairie et l’association ASPECT ont obtenu l’arrêt des travaux jusqu’à septembre. Du point de vue écologique, ce projet constitue une menace en termes de risques de pollution de la nappe phréatique située à seulement cinq mètres, ou encore en cas de fortes pluies (pas d’évacuation prévue sur une immense surface imperméabilisée), une forte consommation d’eau, des risques d’incendie. Une grande inconnue également sur l’utilisation qui sera faite des résidus de la méthanisation, sur le contenu du projet de méthanisation lui-même, sur la façon dont seront alimentés les taurillons. Ajoutons que ce type d’élevage intensif va à l’encontre du projet d’agriculture écologique et paysanne que nous prônons, avec notamment une utilisation massive d’aliments concentrés au lieu d’une intégration bien pensée avec les activités de production végétale et la valorisation de surfaces herbagères. Quant à l’ensemble des pailles utilisées pour l’élevage de taurillon puis pour la méthanisation, et dont on peut supposer qu’elles viendront des exploitations de la région, ce sera autant de matière organique qui ne pourra être utilisée pour maintenir la fertilité des sols. Il est également à prévoir, pour assurer la rentabilité de cette unité de méthanisation, une utilisation massive d’autres productions végétales sur des terres qui perdront ainsi leur usage alimentaire, ce qui représente une véritable impasse du point de vue de la sécurité alimentaire mondiale.

Nous sommes accompagnés tout au long de cette visite par FR3 Poitou-Charente et j’ai l’occasion de répondre à leurs questions en vue d’un passage aux informations régionales du soir.

Nous nous rendons par la suite sur l’exploitation agricole de Médéric Gourbeau. Ce dernier travaille 270 hectares en système céréalier (principalement blé et orge, avec également colza dans les rotations), en plus d’exercer différentes responsabilités associatives (notamment la présidence de l’association régionale des centres d’économie rurale). L’exploitation est en agriculture dite « raisonnée », ce qui implique le non recours à un certain nombre de produits et permet à Médéric Gourbeau de commercialiser ses produits dans une filière spécifique avec un prix amélioré par rapport aux prix de marché. Après avoir travaillé un temps hors de l’agriculture, il a finalement repris l’exploitation de son père et a agrandi la taille de son exploitation de 120 à 270 ha. Il travaille aujourd’hui la plupart de son temps sur l’exploitation (le reste étant consacré à ses autres responsabilités), avec, de plus, l’emploi d’un salarié à temps complet. Une exploitation assez éloignée du type d’agriculture que nous prônons, tant du point de vue technique que de dimension. La visite nous donne la possibilité d’un échange passionnant avec Médéric Gourbeau. J’en ressors avec diverses conclusions importantes pour l’avenir.

Tout d’abord l’échange me permet de conforter, valider et préciser un certain nombre d’analyses et de propositions que nous faisons : l’absolue nécessité d’apporter une garantie de prix rémunérateurs pour permettre la transition de la grande majorité des agriculteurs qui ne sont pas aujourd’hui dans ce type de système, mais également l’importance de l’accompagnement financier, technique et humain, de dispositifs d’expérimentation et d’échanges entre agriculteurs. La transition ne pourra pas se faire du jour au lendemain, car elle implique l’acquisition de connaissances et de savoir-faire totalement nouveaux par rapport à l’agriculture conventionnelle et une évolution des équipements et matériels. Dans ces territoires de céréaliculture spécialisée, se pose aussi la question clé de la réintégration d’activités d’élevage qui ne pourra que se faire progressivement et implique de créer les conditions de leur développement, quand on sait notamment que l’élevage requiert des savoir-faire spécifiques et est plus contraignant en termes de travail pour les agriculteurs, les jeunes préférant généralement s’installer dans des systèmes céréaliers ou maraîchers. Autre point de notre programme sur lequel je me sens conforté à l’issue de cet échange : l’absolue nécessité que l’Etat reprenne ses responsabilités en matière décisionnelle, de contenu, de gouvernance et de fonctionnement, sur tout un certain nombre d’organismes liés à l’agriculture, notamment les actuelles SAFER et les Chambres d’agriculture.

L’échange permet aussi d’aborder les limites pouvant exister dans des systèmes d’agriculture écologique : baisse des rendements céréaliers, développement de mycotoxines en céréaliculture et importance des travaux de recherche pour résoudre les limitations techniques existantes. La discussion permet par ailleurs de pointer un certain nombre de questions à approfondir dans notre programme : la nécessaire évolution du modèle coopératif en agriculture, où les grandes coopératives n’ont aujourd’hui plus grand-chose de coopératif et se comportent et agissent au quotidien, tant vis-à-vis des agriculteurs que sur les marchés, d’une façon tout-à-fait similaire aux grandes entreprises privées ; ou encore, la question du fonctionnement des filières et de la régulation des pratiques de la grande distribution et des oligopoles.

Enfin, cet échange nous aide à relativiser la question du pouvoir de nuisance et l’opposition à prévoir des lobbies et notamment des dirigeants de la FNSEA face à notre programme pour une agriculture écologique et paysanne. Comme je l’ai mentionné dans des précédents carnets de campagne, cette question est souvent abordée dans les réunions publiques, les intervenants montrant fréquemment une inquiétude à ce sujet. De même, dans un précédent carnet de campagne, j’avais mentionné la nécessité d’une mobilisation citoyenne pour appuyer les changements, tout comme celle d’avoir confiance dans notre pouvoir de conviction auprès des agriculteurs, notre programme étant finalement le seul qui se traduira par davantage de bien-être et de satisfaction dans leur travail pour la grande majorité d’entre eux. Lors de notre entretien d’aujourd’hui a été de plus abordée la question de la représentativité réelle de la FNSEA dans un monde agricole totalement déboussolé et dont une grande partie perçoit bien les impasses du système dans lequel ils ont été embarqués avec la caution de cette organisation. Finalement, sans sous-estimer les difficultés et les oppositions qui ne manqueront pas de surgir, je partage totalement -et pense que nous devrons toujours garder à l’esprit- le conseil donné par notre interlocuteur lorsque nous avons abordé ces questions : « Ayez confiance en l’intelligence des agriculteurs ».

Suite à cet échange, nous rejoignons la salle municipale de Migné-Auxances, à proximité de Poitiers où se tiendra la réunion publique en présence de quatre-vingt personnes dont une moitié de non militants de la France insoumise. Sont notamment présentes Céline Cuvillier et Marie-José Cellot, respectivement candidates de la France insoumise pour la première et la troisième circonscription de la Vienne. Avant mon intervention, nous sommes accueillis par Philippe Giraud, maire adjoint de Migné-Auxances, et nous écoutons avec intérêt l’intervention de Jean-Louis Jollivet, représentant l’association Vienne Nature, sur la question des bassines. Cette question avait déjà été abordée lors de ma précédente visite dans les deux Sèvres. Dans la Vienne, ce sont 50 bassines d’une capacité de 400.000 m2 chacune qui devraient être installées, avec pour objectif de pomper de l’eau des nappes phréatiques en hiver et de l’utiliser pour l’irrigation de maïs intensif en été. La majeure partie du financement serait sur des fonds publics (environ 60 millions €), pour le bénéfice de moins de 300 maïsiculteur. Nous avons ici une parfaite illustration de l’aberration du modèle productiviste : outre le risque que fait courir le projet sur les nappes phréatiques dans un contexte de changement climatique et les contaminations environnementales liées à ce type d’agriculture, le coût supplémentaire à l’hectare de maïs serait de 550 € / ha / année selon les calculs de l’association. La majeure partie étant prise en charge par la collectivité, le coût ne serait que de 277 € / ha / année pour le maïsiculteur concerné. Le surplus de production permis par l’irrigation lui générerait un chiffre d’affaire supplémentaire de 350 € / ha. Il y gagnerait donc mais, au prix d’une perte nette pour l’ensemble de la société. On comprend ainsi comment la valeur ajoutée de la ferme France ne cesse de régresser depuis 20 ans avec ce modèle d’agriculture productiviste au profit d’une minorité.

Suite à mon intervention, un débat s’engage avec la salle, une fois encore très riche et permettant d’aborder nombre de questions, notamment le protectionnisme solidaire au regard des traités commerciaux internationaux, la nécessité de prévoir aussi l’adaptation des agriculteurs au changement climatique, l’insuffisante structuration de certaines filières bio où la différence de prix avec le conventionnel est faible (8% pour les agneaux), l’évolution des rendements dans les systèmes d’agriculture écologique, l’intérêt de développer des activités de loisirs qui peuvent apporter des compléments de revenus aux petites exploitations, la nécessaire régulation des pratiques de la grande distribution. A huit jours du premier tour, je conclue en revenant sur le moment historique que nous sommes en train de vivre et en appelant à la mobilisation de toutes et de tous dans les jours qui viennent.

13 Avril 2017 - Laval (Mayenne)

Journée de campagne dans la Mayenne à 10 jours du premier tour de la présidentielle. Accompagné de Nicolas Chomel, candidat à l’élection législative de la France insoumise à Laval, de Claude Rioux, animateur d’un groupe de la France insoumise et d’Albert Ody, militant de la Confédération paysanne depuis sa création et aujourd’hui retraité, nous nous rendons à la ferme de Stéphane Gautier et de Bernadette aux environs de Laval. Lui-même fils de paysan, Stéphane a repris l’exploitation laitière de ses parents il y a une quinzaine d’années et s’est rapidement engagé dans la transition écologique de l’exploitation. Une ferme qui a aussi une histoire particulière : c’est ici même que François Mitterand avait présenté son programme pour l’agriculture en 1981 ! La transition écologique a d’abord signifié la recherche d’une autonomie fourragère : terminées les utilisations massives d’ensilage de maïs et de tourteau de soja importé d’Amérique du Sud. Les vaches laitières sont alimentées exclusivement par les prairies temporaires de l’exploitation (pâturage et foin en hivers) et par un concentré issu de la culture d’un mélange de céréales et de graines légumineuses.  Egalement un peu de maïs ensilage pour la fin de l’hiver et le début des vêlages. Au total, donc, sur la quarantaine d’hectares, une rotation prairies temporaires (graminées + légumineuses) de plusieurs années, une année de maïs qui bénéficie de l’effet fertilisant de la prairie, une année du mélange céréales et légumineuses fourragères et une année d’orge. Il a fallu aussi remplacer progressivement les animaux de race Holstein par des montbéliardes, plus résistantes et permettant aussi de mieux valoriser la viande. L’orge, après avoir été transformé en malt par une malterie, sert à la fabrication de bière sur la ferme, activité conduite par Bernadette. Cette délicieuse bière est commercialisée dans le département dans divers réseaux : biocoop, bars, restaurants, etc.  L’exploitation a par la suite été convertie à l’agriculture biologique. Une exploitation qui fait permet à ses paysans de vivre correctement de leur travail (alors que tant d’éleveurs entraîné dans le sur-investissement, l’agrandissement et le productivisme à outrance par les conseillers agricoles ont du mal à joindre les deux bouts avec la baisse des prix du lait), de prendre des congés et des week-ends (emploi en temps partiel d’un salarié agricole, service de remplacement). Trois facteurs clés de cette réussite économique : la réduction drastique des coûts d’intrants, la valorisation du lait en bio (vente à Lactalis, 46 centimes le litre au lieu de 32 centimes en agriculture conventionnelle), la création de valeur ajoutée dans l’activité de brasserie qui permet de valoriser la production d’orge.

La visite de l’exploitation est l’occasion de répondre à une interview d’un journaliste de l’hebdomadaire L’Avenir agricole… et aussi d’échanger avec ce journaliste à propos de cet hebdomadaire indépendant et de son histoire. Créé dans les années dans les années 60 par la coopérative des agriculteurs de la Mayenne, il constitue une référence dans le milieu agricole et rural. Mais, son indépendance n’a pas plu à certains et notamment à la FNSEA. Il y a peu, a ainsi été lancé un journal concurrent, Agri53, bénéficiant d’un soutien financier et matériel massif de la Chambre d’agriculture contrôlée par la FDSEA. Du jour au lendemain, la Chambre d’agriculture et les instituts techniques ont coupé toute coopération avec l’Avenir agricole, alors que, chaque semaine, ces organismes contribuaient à la rédaction du journal, avec par exemple des comptes rendus réguliers d’expérimentations auxquelles participent gratuitement nombre de paysans dont les résultats du travail se trouvent ainsi interdits de diffusion auprès des agriculteurs du département.  Les techniciens de la Chambre ont reçu la consigne de cesser toute collaboration avec l’Avenir agricole. Face à cette situation, l’Avenir agricole, qui a reçu nombre de soutiens, cherche à étendre sa diffusion dans d’autres départements de la région. Un exemple qui montre clairement l’incompatibilité de la mission de service public des Chambres d’agriculture avec leur total contrôle par une organisation syndicale au comportement aussi totalitaire et aussi peu préoccupée de l’intérêt général et du service public. Soulignons que, dans cette campagne, Jean-Luc Mélenchon est bien le seul candidat qui prévoit dans son programme de mettre fin à cette anomalie démocratique qui perdure depuis des décennies avec la complicité des gouvernements de droite et PS. Si nous n’avons aucune illusion concernant la complicité des Fillon ou Macron avec ces lobbies qui défendent une petite minorité d’agriculteurs au dépend de la majorité d’entre eux et de l’intérêt général, soulignons également l’absence de mention de cette question dans le programme de Benoît Hamon. Tout comme d’ailleurs l’absence totale de mention de la politique foncière, quand on sait bien aujourd’hui à quel point le foncier agricole et la mainmise de la FNSEA sur les décisions concernant le foncier (commissions départementales d’orientation agricole, SAFER) constituent des éléments clés de la concentration de la production et du renforcement du modèle productiviste.

Après un rapide dîner dans le centre-ville de Laval, nous rejoignons au pas de course la salle où doit se tenir la réunion publique. Tout est prêt et quatre-vingt personnes sont présentes pour y participer, dont les deux-tiers ne sont pas militants de la France insoumise.

Après ma présentation du programme agricole de la France insoumise et de son candidat à l’élection présidentielle, Jean-Luc Mélenchon, les questions et les remarques fusent de toute part. Un très riche débat donc avec de nombreuses questions importantes abordées. En vrac, la question du coût économique réel pour la société de l’agriculture productiviste et des aliments bas de gamme (dépollutions, coûts sanitaires, etc.), les impacts du TAFTA et du CETA, la question des évolutions à prévoir au niveau des filières agricoles (que faire des oligopoles de la distribution ?) et de la nécessaire participation et droit de contrôle des salariés des entreprises de l’agro-alimentaire, la nécessaire éducation des consommateurs, la question de la transition écologique au regard de la  nécessité d’alimenter la population mondiale en croissance, la question de l’implication de l’accroissement des prix aux producteurs pour la population (« le prix du caddie »), la renégociation de la PAC, l’information des consommateurs sur les caractéristiques nutritionnelles des produits. Une question revient à plusieurs reprises, qui montre à tel point nombre de citoyen.ne.s se situent déjà dans le contexte après-élection et posent la question des conditions de la réussite de notre politique. Il s’agit de la question des lobbies qui, dans le monde agricole comme ailleurs, ne manqueront pas de s’opposer aux changements que nous mettrons en œuvre. La mobilisation de la population constituera un élément clé de notre réussite. Il nous faudra aussi opérer rapidement certains changements et nous donner les moyens de convaincre les paysans qui ne sont pas encore convaincus que, finalement, notre programme est bien le seul qui répond réellement aux intérêts de la majorité d’entre eux, protégera leur santé et leur avenir, les libérera de la folle course à la compétitivité, redonnera une dignité à leur travail et une pleine reconnaissance de la part de la société. Car, ce nouveau contrat entre la société et ses paysans est bien à la base de notre projet d’agriculture écologique et paysanne.

Nous nous quittons chaleureusement en nous souhaitant une pleine mobilisation pour ces dix derniers jours !

7 Avril 2017 - Toulouse

Cinq groupes d’appui de la France insoumise du Nord de l’agglomération de Toulouse organisaient le vendredi 7 avril une réunion publique sur l’agriculture à la salle San Subla à Toulouse. L’objectif était de présenter et de débattre sur le programme agriculture de la France insoumise. Environ 70 personnes ont participé à cette réunion, dont les deux-tiers non militants de la France insoumise. Un groupe musical a joyeusement ouvert la soirée. Par la suite, et avant mon intervention, quatre personnes avaient été invitées à venir témoigner.

Alex est arboriculteur en bio aux confins de la Haute Garonne et de l’Ariège. Il explique que la conversion de l’exploitation de son père en bio en 1998 –exploitation qu’il a depuis reprise- est la conséquence directe de ses graves problèmes de santé du fait de l’exposition continue aux pesticides (30 à 50 passages en 5 mois !). Encore un témoignage qui montre à tel point, outre l’ensemble de ses autres objectifs, notre projet de transition de l’ensemble de l’agriculture répond à un objectif de préservation de la santé publique, et en premier lieu au bénéfice des agriculteurs eux-mêmes et des autres travailleurs de l’agriculture. Je mesure aussi l’ampleur de la lourde responsabilité de tous les promoteurs de cette agriculture productiviste (lobbies économiques, dirigeants syndicaux et d’organisations professionnelles agricoles, responsables politiques) qui ne peuvent pas ne pas savoir, et cela depuis souvent bien plus longtemps que l’on ne le croit, les désastres générés par ce modèle sur la santé même et la vie des travailleurs de l’agriculture. Pour en revenir à l’exploitation d’Alex, elle est aujourd’hui en plein développement avec une production commercialisée en circuits courts, mais très loin de répondre à la demande grandissante de la population. Alex nous explique également à quel point cette transition a été à un moment périlleuse car elle implique, bien au-delà d’une simple suppression des intrants chimiques, de repenser totalement le fonctionnement même du système de production, et notamment de réintroduire partout de la biodiversité (planter sur une même parcelle une diversité d’espèces et de variétés), notamment pour lutter contre les parasites.

Julie, professeur à l’ENSAT, est ensuite intervenue notamment pour souligner, du point de vue de la transition écologique, l’importance de revenir à des systèmes de polyculture élevage (valorisation des déjections animales pour la fertilisation des cultures en substitution des engrais chimiques, fin des contaminations liées à l’excès d’élevage dans certains territoires, fin des importations de tourteau de soja), ou du moins à la présence sur chaque territoire d’activités agricoles et d’activités d’élevage avec l’organisation d’échanges entre agriculteurs et éleveurs, ceci pouvant aussi contribuer à générer du lien social.

Cyril nous a présenté les principes des AMAP (Associations pour le Maintien de l’Agriculture Paysanne) qui permettent de générer de véritables liens de partenariat entre agriculteurs et consommateurs. Très clairement, le soutien à ce type d’initiatives en vue de leur développement sera un élément de la nouvelle politique alimentaire, dans le cadre de plans alimentaires territoriaux qui devront contribuer à regrouper une offre variée de productions agricoles, notamment à proximité des grandes villes.

Enfin, Bénédicte, qui s’apprête à s’installer en maraîchage bio dans l’Ariège, dans la démarche de Nature et Progrès nous explique toutes les difficultés pour s’installer et financer son installation, dans un contexte où les différents organismes (Chambres d’agriculture, SAFER, etc.) sont sous la domination du syndicalisme agricole majoritaire qui privilégie clairement les agrandissements et non les installations dans le cadre d’une agriculture écologique et paysanne. A cela s’ajoute les difficultés supplémentaires rencontrées par les jeunes femmes souhaitant s’installer : Bénédicte conclut ainsi en disant qu’il est clair que, dans ce milieu « quand on est une femme, on n’est pas crédible ».

Suite à mon intervention, divers participants sont intervenus sur différentes questions qui ont ainsi pu être développées : la question du foncier et des logements qui avait déjà été abordée la veille à Montpellier (voir mon carnet de campagne du 6 avril) ; la nécessité de l’accompagnement aux nouveaux installés, à l’heure où s’installer constitue aujourd’hui un « véritable parcours du combattant » comme l’a rappelé un participant ; la transition dans les départements d’Outre-Mer ; l’impératif de préservation de la biodiversité agricole ; la place de l’agriculture biologique dans notre projet de transition écologique (là aussi, voir mon précédant carnet de campagne). A l’issue de cette réunion, nous avons pu prendre un pot en plein air et poursuivre les discussions avec les uns et les autres.

6 Avril 2017 - Montpellier

C’est sous un beau soleil méditerranéen que s’est déroulée cette journée de campagne à Montpellier et dans ses environs, accompagné de Stéphane Vidal, candidat de la France insoumise pour la 3ème circonscription de l’Hérault et de Jean-Philippe Vallespir, en charge de la campagne numérique de la France insoumise au niveau local. Au cœur donc d’un département à dominante viticole pour ce qui est de l’agriculture.

Cela me donne l’occasion d’en dire quelques mots : si la situation du secteur viti-vinicole est globalement bonne depuis quelques années, grâce notamment aux efforts d’amélioration de la qualité, il n’est pas à l’abris de crises majeures dans un contexte où les politiques de régulation des surfaces (droits de plantation) et des volumes ont été récemment supprimées. Même si le vin dans indication géographique (anciens vins de table) ne représente que 20% de la production régionale, le reste étant constitué d’appellations d’origine protégée (AOP) et d’indications géographiques protégées (IGP), un accroissement de la production dans l’ensemble des pays européens, et notamment en Espagne, pourrait se traduire par un effondrement des prix des vins sans indication géographique, mais également se répercuter sur les autres types de vins. C’est pourquoi le rétablissement de politiques de limitation su potentiel de production et des volumes dans la viticulture constitue l’une des mesures du programme de la France insoumise. Les travaux de l’INRA ont montré à quel point le changement climatique en cours va bouleverser la carte des potentialités viticoles au niveau européen, avec l’entrée massive de nouvelles régions potentiellement productrices. Dans ce contexte, la poursuite de la politique de libéralisation actuellement à l’œuvre ne manquera pas de se traduire par des crises majeures affectant particulièrement les régions traditionnellement productrices.  Il importe par ailleurs de mettre en garde contre la tendance à irriguer massivement les vignes dans le cadre de systèmes fortement consommateurs d’eau et de privilégier les systèmes basés sur l’utilisation du goutte à goutte et sur une utilisation rationnelle de l’eau. D’une façon générale, il importe de prioriser l’appui à l’amélioration de la qualité plutôt que de mise sur l’accroissement des volumes.

Une autre question majeure est celle de la lutte contre le mildiou et l’oïdium qui impose aujourd’hui l’utilisation de traitements. Les traitements utilisés en agriculture biologique, s’ils représentent une amélioration, posent toutefois problèmes, notamment les traitements à base de cuivre, même si les doses appliquées ont fortement régressé au cours des dernières années. L’hybridation des variétés avec des variétés résistantes est aujourd’hui à l’ordre du jour. L’INRA a mis au point de telles variétés résistantes. Les chercheurs considèrent qu’il serait plus raisonnable de ne commercialiser de telles variétés que lorsque plusieurs gènes de résistance y auront été introduits, de façon à se prémunir efficacement contre tout risque de mutation des parasites, mais ceci impliquerait des délais trop longs par rapport aux exigences immédiates de la transition écologique. Il importe donc à la fois d’apporter des réponses à court terme et de poursuivre les travaux de recherche pour le plus long terme.

Donc, la journée du 6 avril a débuté par une Conférence de presse à l’attention de la presse locale et régionale. Outre l’annonce de la réunion publique du soir, elle a été l’occasion d’aborder les principaux axes de nos propositions pour l’agriculture.

Nous avons par la suite rendu visite sur son exploitation (« Le lutin dans le jardin ») à Yezid Allayah, producteur maraîcher bio sur la commune de Montferrier-sur-Lez. Une visite absolument passionnante. Il s’agit donc d’une exploitation de 5 hectares sur les bords du Lèz (donnant la possibilité d’une irrigation au goutte à goutte), avec des activités de maraîchage, de production fruitière, d’élevage de poules et de quelques autres animaux. L’exploitation est en place depuis sept ans et illustre parfaitement le haut degré de connaissance et de savoir-faire de ce type d’agriculture, ses multiples effets bénéfiques pour la société et sa viabilité économique. L’utilisation d’engrais verts (mélanges de céréales et de légumineuses) et l’intégration agriculture élevage (utilisation des fientes de poules) sont à la base du système d’amendements et de reproduction de la fertilité du sol. Un élément remarquable dans cette exploitation est la démonstration que ce type d’agriculture constitue un moyen de création de nouveaux liens sociaux et de solidarité entre les agriculteurs et les consommateurs. La quasi-totalité de la production est vendue en AMAP (150 familles). En 2012, alors qu’une bonne partie des cultures et des infrastructures de l’exploitation avaient été détruites par la crue du Lèz, la mettant en situation de pré-faillite, c’est la mobilisation de l’ensemble des familles et d’autres habitants qui a permis de collecter la somme nécessaire aux remplacements des équipements détruits. De plus, les familles se sont mobilisées pour venir participer aux travaux de déblaiement des terres agricoles. Yezid explique que ce jour-là, ces familles sont véritablement passées du statut de clients à celui de partenaires. Ajoutons à cela, que la ferme est aussi un lieu d’accueil des familles qui y viennent avec leurs enfants, un lieu d’accueil pour des écoles, des centres de loisirs qui viennent y réaliser certaines activités, de centres de réinsertion, et aussi de nombreux stagiaires de l’enseignement agricole.

Dernière leçon de cette visite : il existe un énorme potentiel de développement de ce type d’agriculture à proximité de Montpellier, des potentiels agriculteurs candidats et une forte demande des consommateurs, que ce soit pour des AMAP ou à travers la restauration collective. Sous l’impulsion notamment de la Vice-Présidente de la Métropole, Isabelle Touzard, douze jeunes ont déjà été installés, le nombre de candidats s’élevant à près de 600 ! Une politique nationale associant les collectivités territoriales et permettant de libérer du foncier, d’appuyer les installations, de financer les investissements qui y sont liés et de construire des filières locales, notamment dans le cadre de plans alimentaires territoriaux, permettrait de développer et de généraliser ce type d’expériences qui aujourd’hui dépendent trop exclusivement de la volonté politique et de la ténacité de certains élu.e.s locaux. Nous avons d’ailleurs réabordé cette question dans le cadre des échanges tenus lors de la réunion publique.

Donc, il est temps de parler de cette réunion ! Organisée par les groupes d’appui de la France insoumise de la ceinture Nord-Est de Montpellier dans la grande salle municipale de Clapiers, elle a donc été l’occasion de présenter et discuter le programme pour l’agriculture de la France insoumise et de son candidat à l’élection présidentielle Jean-Luc Mélenchon. Magnifiquement décorée et préparée par les nombreux Insoumis.e.s de ce secteur de l’agglomération de Montpellier –des jeunes en grande majorité-, la salle s’est progressivement remplie de plus de 120 personnes, constituées aux deux-tiers de personnes non membres de la France insoumise. Notons que l’on retrouve en moyenne ce taux dans les diverses réunions publiques sur l’agriculture. Par rapport aux réunions locales sur ce thème organisées dans le cadre de la campagne présidentielle de 2012, nous avons à la fois en moyenne deux fois plus de participants et une inversion de la proportion de non-militants parmi les participants, ce qui est un signe extrêmement positif.

Préalablement à mon intervention est intervenu Serge Azaïs, viticulteur, président de l’association Terre vivante et candidat de la France insoumise pour la 5ème circonscription de l’Hérault. En quelques minutes il a souligné certains traits majeurs de l’agriculture dans le département de l’Hérault et notamment à proximité de Montpellier. Il a souligné à quel point l’existence de l’agriculture productiviste y empêche l’agriculture alternative de s’y développer, « à chaque fois qu’un agriculteur veut s’installer sur un modèle alternatif, il est bloqué par l’autre » a-t-il déclaré, avec notamment le frein majeur de la question de l’accès au foncier et du mode de répartition des aides de la PAC. Lors de mon intervention, je suis revenu sur cette question, notamment pour dénoncer les discours des candidats Macron et Fillon qui insistent pour « ne pas opposer les modèles d’agriculture », Macron allant même jusqu’à dire que « ce n’est pas à l’Etat de choisir le modèle d’agriculture ». Quelle absence totale de prise en compte de l’intérêt général et quelle hypocrisie quand, dans la pratique, les politiques publiques favorisent massivement le modèle d’agriculture productiviste ! Quant à Benoît Hamon, son programme est plein de bonnes intentions pour l’agriculture écologique, mais sans un mot sur ce qui sera fait de l’autre agriculture, l’agriculture productiviste, en réalité, sans aucune remise du modèle d’agriculture duale où, à côté d’une agriculture de qualité pour une petite partie de la population sur une petite partie du territoire, le modèle productiviste continue à se développer sur l’essentiel du territoire fournissant des produits de bas de gamme à l’essentiel de la population. D’ailleurs, la question du foncier et bel et bien absente du programme de Benoit Hamon.

Bon, mais je me suis encore avancé sur mon intervention... Avant celle-ci, une autre intervention, cette fois-ci de Michel Dulcire, chercheur au Cirad et militant de la France insoumise qui expose l’importance des systèmes de recherche-action pour la transition écologique de l’agriculture, où chercheurs et paysans sont associés pour la recherche de solutions. Cette démarche de science citoyenne implique un changement d’attitude des chercheurs et le développement de leur capacité d’écoute et de coopération avec d’autres acteurs. Ce sont des questions tout-à-fait importantes car la transition écologique nécessitera cette coopération étroite et les progrès ne pourront se faire sur le modèle traditionnel où la recherche met au point et propose des « solutions techniques » qui sont ensuite appliquées plus ou moins mécaniquement par les paysans. Les solutions doivent en effet être adaptées à chaque territoire, chaque situation particulière et les connaissances, le savoir-faire et la capacité d’expérimentation des paysans constituent un apport essentiel pour cela.

Suite à mon intervention, un riche débat s’est engagé avec une dizaine d’interventions de participants. Parmi les divers sujets abordés, mentionnons la question de l’implication de la hausse des prix agricoles pour les consommateurs, ou encore les différences entre notre projet global de transition écologique et l’agriculture biologique. J’ai en particulier souligné que les principes de l’agriculture biologique faisaient partie de notre projet, mais que notre conception de la transition écologique était plus globale et plus exigeante sur certaines questions (autonomie maximale des exploitations, réductions des dépenses énergétiques et du sur-équipement, relocalisation des productions), même si, dans la pratique, la plupart des exploitations en bio répondent aussi à ces différentes exigences. J’ai aussi rappelé que notre projet était aussi celui d’une agriculture paysanne, et non celui d’une agriculture capitaliste. J’ai aussi mentionné qu’il faudrait certainement prévoir de soutenir spécifiquement les démarches plus exigeantes que celles du label AB et aussi envisager des évolutions de ce label sur certaines questions non satisfaisantes. Mais, il est également fondamental de défendre le label AB à l’heure où certains lobbies cherchent à le décrédibiliser et où, au niveau européen, certains souhaiteraient amoindrir les niveaux d’exigence du label AB. J’ai par ailleurs expliqué pourquoi nous préférons utiliser le terme d’agriculture écologique à celui d’agro-écologie : d’une part, c’est sans doute un terme plus parlant pour l’ensemble de la population ; d’autre part, l’utilisation qui est faite de ce concept dans le cadre de la politique agricole du gouvernement actuel crée des confusions : il englobe certaines pratiques comme l’agriculture dite « raisonnée » bien éloignées de l’agriculture écologique que nous prônons.

La question du foncier a également été abordée, ainsi que celle des bâtiments agricoles et pour le logement des agriculteur.trices. Cette question du logement constitue bien souvent un frein à la reprise d’exploitations ou à l’installation de jeunes. Dans le cas de l’exploitation visitée dans l’après-midi, l’agriculteur ne peut se loger sur son exploitation, car il n’y a pas de bâtiment et pas d’autorisation de construire, ce qui entraîne une multitude de déplacements à toute heure de la journée entre l’exploitation et le logement et génère des problèmes d’insécurité (vols). Une intervenante a présenté sa situation lors du débat. Elle souhaitait reprendre une exploitation, mais le logement était mis à un prix hors d’atteinte pour elle, rendant impossible cette exploitation. J’ai souligné de ce point de vue l’importance du fait que la loi de protection agricole que nous prônons s’appliquera également aux logements d’exploitation, ce qui permettra de faciliter leur accès et diminuera leur prix de vente. L’amélioration des retraites agricoles contribuera également à garantir des conditions de vie dignes pour les paysans retraités sans nécessité de vendre ou louer leur ancien logement à un prix trop élevé. Sans doutes des mesures complémentaires sont-elles à envisager, qui pourraient par exemple être des dispositifs d’encouragement des paysans retraités sans succession à céder leur logement, ou encore des droits spécifiques pour la construction de logements dans le cadre d’installations.

A la fin de la réunion, les discussions se sont encore poursuivies un bon moment autour du buffet préparé par les Insoumis.e.s de Montpellier.

 2 Avril 2017 - Ariège

Journée de campagne dans l’Ariège, au pied des Pyrénées. A peine descendu du train à Auch, je suis pris en charge par de jeunes Ariégeois de la France insoumise, notamment Fabien directeur de campagne de Michel Larrive, candidat aux élections législatives dans la deuxième circonscription de l’Ariège, et Bénédicte qui est sur le point de s’installer comme maraîchère. Des jeunes remplis d’énergie, souvent avec une longue expérience d’engagement associatif et militant, mais dont il s’agit du premier engagement politique à proprement parlé. Ainsi va la France insoumise ! Une fantastique entrée dans la vie politique de jeunes dont on peut compter sur l’exigence et l’enthousiasme. Direction, la ferme d’Angel à La Peillesse. Angel est maraîcher bio et commercialise ses produits au travers de deux AMAP et d’une vente directe sur sa ferme. Sur sa ferme, sont également commercialisés des produits complémentaires produits par d’autres paysans (œufs, miel, etc.). Les clients viennent ainsi deux fois par semaine, venues qui constituent autant d’occasions d’échanges et de socialisation. La ferme sert également de support pédagogique pour des enfants des écoles. On peut constater à travers cet exemple à quel point, au-delà des aspects agronomiques et techniques, l’enjeu de la transition vers une agriculture écologique et paysanne est aussi celui de développer des liens sociaux en milieu rural.

La visite est l’occasion d’un échange avec Angel, David Eschen, cosécrétaire départemental de la Confédération paysanne, et Martin Platener, viticulteur. Nous abordons notamment la question du foncier agricole, obstacle majeur à l’installation de jeunes, la privatisation des services de la Chambre d’agriculture qui facture les appuis aux agriculteurs pour la gestion des aides de la PAC et les nouvelles dispositions de la PAC dans les espaces pastoraux. Sur ces espaces, les aides de la PAC étaient auparavant gérées collectivement par des groupements pastoraux qui pouvaient en utiliser une partie pour des investissements collectifs, favorisant ainsi les liens de coopération et de solidarité. Le Ministère de l’agriculture a désormais décidé que les aides seraient directement versées aux éleveurs (au prorata des têtes de bétail présentes sur ces pâturages collectifs), favorisant au contraire l’individualisme et la compétition entre éleveurs. Les demandes adressées au Ministre de l’agriculture pour revoir ce dispositif sont pour l’instant restées sans réponse. Nous abordons également la question de la monopolisation des structures d’appui à l’agriculture par le syndicalisme agricole majoritaire et la difficulté des représentants des syndicats minoritaires qui doivent consacrer des journées entières à des fonctions de représentation dans des organismes où ils ne peuvent dans la pratique que très peu peser sur les décisions. Ou encore la question du financement des syndicats agricoles qui est en partie basé sur le nombre d’élus dans les Chambres d’agriculture, entrainant, compte tenu du mode de scrutin, un financement public très éloigné de la représentativité réelle des divers syndicats, au grand profit du syndicalisme majoritaire.

Avant de repartir, nous échangeons autour d’un profil de sol qui met en évidence l’importance sur ces terres limoneuses de l’enrichissement des sols en matière organique afin d’améliorer la structuration et la fertilité organique des sols, enjeu au cœur des pratiques agro-écologiques à l’heure où l’agriculture productiviste est synonyme dans nombre de territoires d’un affaiblissement de la fertilité des sols, aujourd’hui cachée par l’apport massif d’engrais chimiques (quoique partiellement cachée ! rappelons que les rendements céréaliers ne progressent plus en France depuis près de vingt ans). Nous échangeons également sur la question des semences paysannes et sur la nécessité de soutenir des réseaux de sélection et de multiplication de semences adaptées aux conditions de l’agriculture biologique et librement accessibles à tous les agriculteurs.

Nous filons ensuite pour la réunion publique au Fossat. Dans une belle salle municipale (mais, on me rapporte par ailleurs toutes les difficultés pour la France insoumise d’obtenir le prêt de salles municipales de la part de mairies PS), soixante participants, dont une moitié de participants non membres de la France insoumise. Une participation significative dans un département rural, un dimanche en fin d’après-midi. D’autant plus que la réunion est marquée par la présence de nombreux paysans du département. La réunion est animée par Michel Larrive et donne lieu, après la présentation que je fais du programme pour l’agriculture de la France insoumise et de son candidat Jean-Luc Mélenchon, à un riche débat avec une quinzaine d’interventions. Des questions importantes sont abordées pour l’avenir, et ce type de réunion met en évidence l’intérêt, au-delà du programme actuel, de poursuivre les échanges avec la population pour préciser et approfondir certains aspects. Un participant engagé dans l’association Terres de liens souligne notamment la nécessité, au-delà de la transformation des SAFER en établissements publics, de soutenir les initiatives qui permettent de recréer du lien entre la population, les territoires et les agriculteurs, notamment celles qui permettent à divers acteurs de se regrouper et de coopérer pour soutenir et accompagner des porteurs de projets agricoles ancrés dans les territoires. Des dispositifs juridiques et économiques doivent être conçus pour cela. Pour préciser ces aspects nous auront demain besoin de toute l’expérience des associations et acteurs engagés dans de telles initiatives.  D’une façon plus générale, divers intervenants insistent sur l’importance de la question de la coopération en milieu rural comme élément central pour briser l’isolement des agriculteurs. Derrière ces échanges c’est donc tout l’enjeu de récréer des liens sociaux et des liens entre les agriculteurs et la population qui est mis à jour. Plusieurs difficultés sont mentionnées pour l’installation des jeunes et la transmission des exploitations, le foncier mais aussi la question des bâtiments agricoles et pour le logement. Je rappelle à cette occasion que notre projet de loi sur la protection généralisée du foncier agricole forestier et agricole porte également sur les bâtiments agricoles et les logements des agriculteurs. Mais, probablement, d’autres dispositifs complémentaires doivent aussi être envisagés.

Encore une fois, la nécessité de libérer les organismes agricoles des lobbies qui s’opposent à la transition écologique et paysanne de l’agriculture est abordée. Cette fois-ci est mentionnée le cas du fonds VIVEA qui dépend de la MSA et finance des actions de formation pour les agriculteurs. La Confédération paysanne avait obtenu que les actions de formation soient ouvertes aux conjoint.e.s, aux cotisants solidaires et aux porteurs de projet. VIVEA, dont la présidente n’est autre que Christiane Lambert qui brique la présidence de la FNSEA, a récemment supprimé les aides aux formations données par l’association PROMMATA qui promeut des techniques modernes de traction animale, mettant cette association dans une situation financière dramatique, avec l’obligation d’annuler toutes les formations prévues pour les prochains mois. Qui plus est, VIVEA vient de décider de supprimer les aides à la formation pour les porteurs de projets à partir du mois de juillet.

D’autres questions sont encore abordées, comme la méthanisation ou les OGM.

A l’issue de ces échanges passionnants, nous partagerons un buffet préparé par toute l’équipe des Insoumis.e.s de la 2ème circonscription de l’Ariège. Nous nous quittons en nous souhaitant plein de courage pour ces dernières semaines cruciales pour l’avenir de notre pays et de son agriculture.

1er Avril 2017 : Condon

Journée de campagne dans le Gers et plus particulièrement dans la deuxième circonscription. Accompagnés de Myriam Rimbert et Richard Tancogne, candidat.e.s titulaire et suppléant de la France insoumise pour les élections législatives, ainsi que de Pascal Levieux, directeur de campagne, et d’autres militants de la France insoumise, nous passerons tout d’abord un bon moment dans l’exploitation viti-vinicole de Jean Leberenne. Un magnifique exemple d’agriculture écologique protégeant l’écosystème, riche en savoir-faire, créatrice d’emplois, génératrice de produits de qualité, valeur ajoutée et de revenus. Et, ce qui nous a peut-être le plus frappé, synonyme, pour ceux qui en sont les artisans, d’une véritable satisfaction, d’un véritable bonheur et d’une certaine fierté de tout cela, de ce travail bien fait, respectueux des hommes et de l’écosystème et permettant de vivre dignement. Quel contraste avec la situation de tant de paysans endettés jusqu’au cou, ligotés au modèle productiviste promu par le syndicalisme agricole majoritaire, fondamentalement malheureux et angoissés, situation qui ne peut que constituer un terrain favorable aux discours de haine, de repli sur soi, de rejet des autres (et notamment des plus pauvres que soi), tout ce discours de l’extrême droite qui fait aujourd’hui des ravages dans les campagnes !

L’exploitation de Jean est en bio depuis plus de 20 ans. Nous visitons les magnifiques vignes dont les inter-rangs sont cultivées en féverole, plante légumineuse qui sert d’engrais vert, avant que le vent glacial ne nous fasse nous replier dans le chaix à Armagnac, repli que nous ne regretterons pas, avec ces magnifiques barriques en chêne dont les plus anciennes contiennent de l’Armagnac issu de la récolte 1971 ! Jean est aujourd’hui l’un des trois seuls producteurs d’Armagnac bio. Il produit également du vin rouge et du vin blanc, dont une bonne partie est exportée. Un nouveau chaix pour le vin, au beau milieu des vignes vient par ailleurs d’être construit et aménagé. A moitié enfoui dans le sol, ce grand bâtiment et ses installations (pressoir, cuves) est magnifique et entièrement construit en matériaux naturels et non traités. En quelques mots, dans une telle exploitation de 25 hectares, c’est dès l’implantation de la vigne que les principes de l’agriculture biologique sont appliqués. Au total, environ 30% d’emplois en plus par rapport à une exploitation conventionnelle (6 travailleurs permanents dont 5 salariés). Les rendements (60 hl/ha) sont inférieurs de moitié à ceux d’une exploitation conventionnelle, mais la bouteille est payée au producteur deux fois plus cher grâce à la qualité du produit et de ses conditions de production (bio). Quant aux coûts de production hors travail ils sont plus faibles, avec, in fine, davantage de valeur ajoutée. La viticulture bio reste encore très minoritaire dans le département, mais la situation évolue. Pour Jean, le soutien au moment de la conversion doit être important pour pouvoir enclencher une dynamique plus massive de conversion, et notamment le soutien financier. Si certains problèmes techniques du bio ne sont encore que partiellement résolus, des avancées ont toutefois été réalisées (par exemple, les doses de cuivre ont été divisées par trois, des produits alternatifs font leur apparition) et de nombreux travaux de recherche sont en cours. Avant de filer vers la réunion publique à Condom, nous dégustons un délicieux vin blanc de l’exploitation.

La réunion publique a été soigneusement préparée par l’équipe des Insoumis.e.s de Condom et a été précédée dans l’après-midi par divers ateliers d’échanges. Après un délicieux buffet préparé par les militant.e.s de l’équipe, la réunion commence. 70 personnes dont environ un tiers de personnes non militantes de la France insoumis.e.s. Myriam Rimbert débutera la réunion avec une intervention très précise sur la catastrophe que représentent aujourd’hui les pesticides pour la santé humaine. Suivra mon intervention puis un débat très riche avec la salle où une quinzaine de personnes s’exprimeront. Un débat ou, outre un certain nombre de questions me seront posées, des questions cruciales seront abordées et développées par certains participants, notamment des paysans.

 

Par exemple, sera abordée la question de l’hostilité que nous ne manquerons pas de rencontrer de la part des lobbies face à l’application de notre programme. Comme dans les autres domaines, il nous faudra nous appuyer sur la mobilisation citoyenne et sur la fermeté de nos engagements pour affronter ces lobbies. Dans le cas de l’agriculture, nous faisons le pari que la grande majorité des agriculteurs comprendront que, en réalité, c’est bien notre politique et nos propositions -et non l’impasse productiviste dans laquelle ils sont poussés par les lobbies d’intérêts minoritaires- qui répondent le mieux à leur véritable intérêt et qui contribueront à leur redonner une dignité, une véritable satisfaction de leur travail et de leur vie, une reconnaissance de la part de la société. Nous n’avons qu’à peine évoqué cette question, mais les dégâts économiques de la grippe aviaire montrent bien aujourd’hui les impasses de l’industrialisation de l’agriculture et de l’hyperspécialisation des différentes étapes des filières (hypersegmentation). Une participante souligne –et ceci fait échos aux échanges d’autres réunions publiques récentes- à la question centrale de l’appui pour la conversion en bio pour les agriculteurs aujourd’hui lourdement endettés et ligotés par le modèle productiviste (nécessité de continuer année après année à faire du volume pour rentabiliser les investissements et rembourser les intérêts). A cela, un autre participant répond qu’il ne faut pas non plus trop en faire : certains grands agriculteurs ont accaparé toutes les terres et sont maintenant en difficulté, il n’y a pas de cadeaux à leur faire ! Bref, il faudra effectivement trouver un équilibre entre tout cela !

De multiples autres questions sont abordées dans le débat : la nécessité d’une défense des semences paysannes, garantes de la biodiversité ; le rôle des SAFER, la question des cotisants solidaires, l’utilisation des fonds publics et la nécessité d’en finir avec l’actuel système d’aides de la PAC liées à la dimension des exploitations. La question m’est posée de l’absence de Jean-Luc Mélenchon au salon de l’agriculture et au Congrès de la FNSEA, prétextes qui sont aujourd’hui avancés localement par la FNSEA et Jeunes agriculteurs pour refuser le dialogue avec la France insoumise ! J’ai donc rappelé que le choix de ne pas aller au salon de l’agriculture est avant tout un choix positif et pédagogique : c’est celui, plutôt qu’une visite convenue au Salon comme le font tous les autres candidats, de présenter le programme agriculture à l’occasion de la visite dans une ferme écologique, exemple magnifique des principes que nous défendons pour l’ensemble de l’agriculture ! Quant au Congrès de la FNSEA, Jean-Luc Mélenchon n’a pu y participer pour des questions d’agenda et m’avait chargé de l’y représenter, en accord avec la FNSEA. Puis celle-ci a fait marche arrière arguant d’abord que cela pouvait poser des problèmes car je pourrai être mal accueilli par les part des participants (on reconnait bien là les pratiques de voyous, avec menaces plus ou moins explicites exercées depuis des décennies sur les politiques), puis, le lendemain que, en fait, c’étaient les autres candidats qui n’auraient pas accepté !

A trois semaines du premier tour de la présidentielle et alors que tout est aujourd’hui possible, nous avons finalement conclu Myriam et moi-même sur l’importance de la mobilisation de toutes et de tous dans les jours qui viennent, quelqu’en soit la forme ! En conclusion, une journée passionnante marquées par de riches échanges !

11 MARS 2017 – ALENCON

 

Samedi 11 mars, réunion publique à Alençon (Orne) sur l’agriculture et la ruralité. Un département d’élevage laitier, mais également de céréaliculture dans l’Est notamment. Ici comme ailleurs l’expansion du modèle productiviste cause de multiples dégâts, avec notamment la destruction des paysages de bocage pour la culture de maïs ensilage. Un département où le recul d’activités économiques et des services publics tend à réduire à néant la vie sociale et constitue un terreau pour l’implantation de l’extrême droite.

Ainsi donc, une réunion publique bien préparée par l’Orne insoumise où se coordonnent la petite dizaine de groupes d’appui du département qui se mobilisent aussi pour la participation à la marche du 18 mars, pour laquelle un deuxième car a été affrété. Soixante-dix participants à la réunion, dont environ la moitié de non membres de la France insoumise y compris de nombreux paysans. Lors du très riche débat, plus de quinze personnes se sont exprimées.

Dans l’ensemble un accueil très favorable à nos propositions avec de nombreuses questions demandant des précisions sur tel ou tel aspect du programme. La question du financement de la transition à l’agriculture biologique a été soulignée, notamment pour les éleveurs laitiers qui souhaiteraient se convertir à l’agriculture biologique, mais ne le peuvent pas car trop fortement endettés et ligotés par leurs investissements dans le modèle productiviste. Un paysan explique clairement la situation : « Je suis endetté, je ne sais pas comment faire pour passer au bio ». Il nous faudra prévoir des mesures spécifiques pour faciliter ces transitions.

La nécessité de revoir la fiscalité a été aussi abordée, avec notamment les mesures de la dernière loi Macron qui favorisent encore plus le sur-investissement (possibilité d’amortir jusqu’à 40% du matériel en première année en cas de bons résultats économiques) et la course en avant dans le modèle productiviste. Des questions très précises ont également été posées pour stopper le processus de financiarisation de l’agriculture au travers les investissements de fonds de pension. De ce point de vue, nos propositions sur les transferts publics et sur le contrôle des structures apparaissent comme des outils essentiels. Une chercheure qui a travaillé sur le malaise agricole et les politiques territoriales souligne l’importance de ne pas se limiter à l’agriculture biologique, qu’il existe d’autres voies de transition à une agriculture écologique qui n’impliquent pas une conversion immédiate au bio.

La question de la sensibilisation et l'éducation des consommateurs à une alimentation de qualité a été aussi abordée, tout comme celle de la formation des jeunes et de la nécessité de libérer l’enseignement agricole des lobbies productivistes. En conclusion, une riche soirée qui montre l’intérêt de s’appuyer sur la richesse et le sérieux des programmes thématiques de la France insoumise pour s’adresser à la population. Une réunion où les équipes de la France insoumise ont par ailleurs vendu de nombreux programmes et livrets thématiques, ont recueilli de nouveaux contacts et sont reparties pleines d’énergie pour ces prochaines semaines de campagne.

 31 Mars 2017 – Narbonne

Vendredi 31 mars, début d’une nouvelle série de réunions publiques sur l’agriculture. Direction Narbonne où je suis accueilli par mon ami Jean-Hugues Silberman, candidat aux élections législatives dans la 2ème circonscription de l’Aude (Narbonne) et sa colistière Nadine Sanchez. L’après-midi débute par une visite à la ferme de Laurence Carretero, à quelques kilomètres de Narbonne dans les Corbières, qui pratique du maraîchage en bio. Nous commençons par répondre à une interview de la journaliste du journal l’Indépendant qui couvre l’évènement. Nous avons ensuite l’opportunité de visiter la ferme et de discuter avec Laurence, discussion qui se poursuivra plus tard lors du dîner. Une exploitation agricole qui s’inscrit dans une démarche exigeante allant au-delà du strict cahier des charges du label de l’agriculture biologique, avec l’application des principes de l’association Nature et Progrès et la recherche d’un bilan énergétique positif au niveau de l’ensemble de la ferme. L’énergie utilisée pour le travail du sol est la traction animale (jument), un grand degré d’autonomie en intrants et énergie est recherché et la ferme compte également sur une éolienne et des panneaux solaires. Les légumes sont commercialisés par le biais d’une AMAP.

Cette visite nous conforte dans l’idée qu’il est nécessaire, outre un appui au développement de l’agriculture biologique, de soutenir particulièrement les démarches plus exigeantes sur un certain nombre d’aspects que ce soit en termes d’intrants utilisés, d’autonomie de l’exploitation ou encore en matière sociale et de mode de commercialisation. Nous pouvons également constater la forte limite que constitue l’accès au foncier pour les nouveaux paysans qui souhaitent s’installer (et se loger sur leur exploitation) ou agrandir de petites exploitations, ce qui est le cas de Laurence qui aurait besoin de doubler sa superficie en maraîchage (aujourd’hui 0,5 ha) pour vivre correctement de son travail (au moins l’équivalent du SMIC). Il apparait clairement que la France insoumise et son candidat Jean-Luc Mélenchon sont dans cette campagne les seuls à apporter des proposition en matière de foncier agricole à la hauteur de ces enjeux (Etablissements publics fonciers ruraux et préemptions ; contrôle des structures avec une superficie maximale par exploitation ; loi de protection généralisée du foncier agricole, forestier et naturel, incluant non seulement le foncier mais également les bâtiments et le logement des agriculteurs ; taxation à 90% des plus-values réalisées lors de la vente de terres agricoles devenues urbanisables). Nous abordons également la question des cotisants solidaires pour lesquels, malgré les améliorations apportées, il convient encore de résoudre l’anomalie de leur situation de cotisants en absence de contrepartie.

La visite, mais aussi les diverses discussions qui suivront dans la soirée, montrent également la nécessité d’une évolution de l’occupation de l’espace agricole dans le Languedoc dans une perspective de transition écologique de l’agriculture et de relocalisation des productions dans le cadre de plans alimentaires territoriaux. Et également l’incompatibilité de ce projet global avec la course à la compétitivité-prix et à la conquête de parts de marché sur le marché mondial. En effet, une telle transition impliquerait que les basses terres, celles qui peuvent être éventuellement irriguées, soient consacrées prioritairement aux cultures vivrières (céréales, légumineuses, maraîchage). Or, le secteur viticole est aujourd’hui engagé dans une course au rendement à l’hectare et au volume afin d’être en mesure de commercialiser à bas coût sur le marché mondial. Pour cela, une pression est exercée pour occuper ces terres basses et irriguer les vignes, alors que la viticulture devrait prioritairement être pratiquée sur des coteaux ou, certes les rendements sont moindres, mais la qualité du vin est meilleure. Encore une fois, une politique volontariste en matière foncière et des structures pourrait favoriser une telle évolution.

A la suite de la visite, nous nous sommes rendus à la réunion publique dans la grande salle du Palais du travail de Narbonne. Auparavant, j’ai eu l’occasion de m’entretenir avec divers responsables de la Confédération paysanne qui m’ont notamment fait part de leurs préoccupations et demandes sur différentes questions tout-à-fait fondamentales. Nous n’avons pas pu développer toutes ces questions (mais certaines ont été abordées à la suite lors de la réunion publique), mais je les note car nous devrons nous y pencher sérieusement si nous accédons demain au pouvoir (sur certains points nous avons déjà des propositions précises dans le programme, sur d’autres nous devrons approfondir) : les modes de scrutin lors des élections chambre d’agriculture où le pouvoir est monopolisé par le syndicalisme agricole majoritaire ; la tendance à la privatisation des certains services des Chambres d’agriculture ; la nécessité d’inscrire dans la future constitution les droits à la souveraineté alimentaire et à la sécurité (sanitaire) des aliments ; l’intérêt du système d’indemnités viagères de départ pour faciliter les installation de jeunes et apporter une réponse à certaines situation de détresse d’agriculteurs proches de la retraite ; un moratoire sur la dette des exploitations en cas de dépression, qui doit être reconnue comme maladie professionnelle ; la revue actuelle de la carte des communes bénéficiant de l’ICHN où il y a un fort risque d’exclusion de communes pour lesquelles cette aide joue un rôle fondamental pour le maintien de l’agriculture ; le scandale des contributions volontaires obligatoires ; le double jeu des grands groupes viticoles qui s’associent aux protestations contre les baisses de prix et les importations de vins espagnols alors qu’elles sont elles-mêmes pleinement impliqués dans ce système et la course au volume et dans les importations à bas prix.

Venons-en à la réunion publique : une mobilisation exceptionnelle de la France insoumise depuis deux semaines pour assurer le succès de cette réunion, un affichage massif partout dans la ville de Narbonne et dans les environs, des milliers de tracts, une organisation de la réunion remarquable. Et le succès est aux rendez-vous : 140 participants, dont plus de 80% ne sont pas des militants de la France insoumise, proportion considérable pour ce type de réunion. La réunion a été l’occasion pour Jean-Hugues Silberman de présenter d’une façon claire et détaillée la question de la 6ème République, la nécessité de sortir de la monarchie présidentielle actuelle et le processus constituant que nous proposons. Laurence Carretero est ensuite intervenue pour souligner, à partir de son expérience, trois questions centrales qui constituent aujourd’hui un frein à la transition écologique de l’agriculture et aux installations : le foncier agricole, la question des étapes intermédiaires des filières de proximité pour l’approvisionnement des structures de restauration collective (légumeries et autres plate-forme logistiques et structures permettant un regroupement de l’offre de paysans proposant une offre globale de produits complémentaires, traitement des certains produits), la formation initiale et continue des paysans.

Après mon intervention, un riche débat s’est installé avec au total une quinzaine d’interventions de la part de participants. Diverses questions ont été abordées, comme celles du foncier, de l’enseignement agricole, de la nécessité de la sortie des traités européens, de la déclinaison de la logique plan A / plan B en matière agricole, ou encore du coût des produits de l’agriculture bio et les implications en termes de répartition des revenus dans la société.

Une belle soirée terminée par un dîner partagé avec les Insoumis de Narbonne, pleins d’énergie pour ces trois prochaines semaines et, espérons-le, les deux suivantes !

10 MARS 2017 – RENNES

 

Vendredi 10 mars, arrêt à Rennes, où quinze groupes d’appui se sont créés à ce jour (25 en comptant les communes des alentours, plus de 40 dans le département de l’Ile-et-Vilaine) et où les militants de la France insoumise préparent activement la journée du 18 mars et le meeting avec Jean-Luc Mélenchon du 26 mars. Accompagné d’Enora Le Pape, candidate de la France insoumise pour la 8ème circonscription d’Ile-et-Vilaine, de Yannick Le Gargasson et d’autres militants de la France insoumise, nous avons visité la ferme pédagogique de La Clotière à Thorigné Fouillard à quelques kilomètres de Rennes et discuté avec son animatrice Sabine Anquetil et son équipe. Cette ferme est constituée de trois bâtiments anciens et d’un four à pain, ainsi que de quelques hectares, de cultures maraichères et de divers animaux. Un réservoir de biodiversité qui contribue à la continuité territoriale de la coulée verte autour de Rennes.

La ferme est installée sur des terres appartenant à la municipalité. Elle permet aux habitants de ce territoire péri-urbain de venir découvrir les réalités de l’agriculture, de voir des animaux, de venir en famille se promener et se reposer. Un véritable trésor pour une ville péri-urbaine comme Thorigné Fouillard, trésor qui pourrait être soutenu valorisé par sa municipalité pour y développer des activités scolaires et péri-scolaires par exemple, contribuer à la vie sociale, etc. Mais, tel ne l’entend pas la municipalité PS qui entend raser la ferme pour étendre la ville. Le bail précaire n’a pas été renouvelé et la ferme est maintenant en instance d’expulsion. Cet exemple non seulement révèle une gestion technocratique et une absence de vision de long terme de la part de la municipalité, mais elle illustre également la pertinence et l’urgence des propositions de la France Insoumise pour un plan de protection généralisée du territoire agricole et pour que les décisions d’artificialisation des terres ne soient plus du ressort des élus locaux qui sont soumis à tous type de pression pour urbaniser. En parallèle, il y a urgence à privilégier une densification de l’habitat urbain.

Nous avons par la suite visité la ferme maraîchère de Jean-Martial Morel, à Chavigné, et discuté longuement avec cet agriculteur bio, ainsi qu’avec Frédéric Vianpoule, paysan boulanger. Encore un exemple qui démontre que « le bio ça marche », et fait vivre correctement les paysans qui s’y consacrent. Dans le cas présent, les produits sont commercialisés en circuit court. Un point particulièrement remarquable de cette exploitation est l’absence à peu près totale d’apports de pesticides, y compris de pesticides naturels autorisés en bio. Jean Martial nous a ainsi expliqué que grâce à des cultures en plain champs ou sous des serres ouvertes aux deux bouts, et donc aérées en permanence et sans excès d’humidité et de chaleur, les légumes, qui poussent en fonction de leur calendrier naturel, sont totalement sains. Aucune trace de maladies, champignons, etc. Bien entendu, l’existence d’une rotation contribue à cette situation. Une rotation bien pensée en fonction des caractéristiques et besoins des différents types de plantes : après une année d’engrais verts, sont cultivés les légumes à feuille, puis les pommes de terre, puis les légumes à fruits, et enfin les légumes à tubercules. La fertilisation est assurée par l’utilisation de fumier de cheval. Nous avons également pu discuter de l’importance de la question des semences et de la lutte pour que puissent être intégrées dans le catalogue officiel des variétés des populations de semences paysannes, libres de tout droit, valorisant la biodiversité issue de siècles d’agriculture (variétés traditionnelles), avec des critères assouplis car de telles populations ont forcément une certaine hétérogénéité.

La réunion publique a réuni plus de 90 personnes à Mordelles, à 15 km de Rennes, impeccablement organisée par les équipes de la France insoumise. Suite à mon intervention, le témoignage poignant de Michel Bernard, le président du Collectif de défense des victimes des pesticides de l’Ouest. Collectif qui mène un travail remarquable de soutien aux milliers de victimes des pesticides (paysans, salariés de l’agriculture et de l’agroalimentaires, dockers qui passent leur vie à manipuler les importations de soja et de céréales importées et bourrés de pesticides, des milliers de drames humains avec des travailleurs qui se retrouvent sans travail, malades, non reconnus comme victimes d’accident du travail, des familles détruites, etc.), d’appui aux diverses démarches administratives et juridiques (une « démarche du combattant », tant ce scandale continue à être étouffé, nié par toutes les structures influencées par les lobbies du modèle d’agriculture productiviste), d’alerte, de sensibilisation, de plaidoyer pour l’arrêt total des pesticides, seule solution viable pour mettre fin à ce scandale. La réunion a également été l’occasion de riches échanges, suite à la constitution de petits groupes de travail, sur de nombreuses questions : aides de la PAC, foncier, semences, etc. Bravo à la France insoumise de Rennes pour cette riche soirée où plus de la moitié des participants n’étaient pas (encore !) parties prenantes du mouvement !

 

9 MARS 2017 – DEUX SEVRES

 

La journée a été consacrée à visiter plusieurs exploitations en agriculture biologique en compagnie des candidates titulaire et suppléantes aux législatives dans la première circonscription des Deux-Sèvres, Nathalie Seguin et Karine Olivier, et d’autres militants de la France insoumise. Arrivé à 14h à Niort, j’ai participé à la visite de l’exploitation de Benoît et Fernanda Piron, par ailleurs maire de Saint Pardoux. Nous avons pu discuter avec Benoit qui nous a fait visite son exploitation, une ferme à dominante arboriculture, principalement la production de pommes. Benoit cultive plus d’une dizaine de variétés de pommes, avec notamment la valorisation de variétés traditionnelles, ainsi que des abricotiers, pêchers, fraisiers, etc. Un homme de conviction qui a dû affronter de multiples difficultés et oppositions pour développer son projet. Auparavant salarié agricole d’une grande exploitation de pommes, il a voulu rompre clairement avec ce modèle, d’autant plus que son propre fils est décédé d’un cancer probablement lié à la contamination de l’environnement de vie par les pesticides.

La région est marquée par un fort développement de la grande agriculture capitaliste de pommiers en vue de l’exportation, sur la base d’un modèle productiviste avec plus de 60 passages de pesticides par année ! Dans les zones de plaine, le développement de la monoculture du maïs se traduit par une accentuation des dégâts écologiques et notamment la destruction rapide des haies, entrainant des phénomènes d’érosion et une perte de biodiversité . Le développement de l’agriculture productiviste dans les Deux-Sèvres est cause d’une pollution des eaux souterraines (nitrates et pesticides), entrainant notamment un fort coût de purification de l’eau et une mortalité élevée dans les élevages de moules des estuaires. Le projet de construction de retenues d’eau (bassines) pour l’irrigation de la culture de maïs sur fonds publics va accroitre encore davantage la pression sur les nappes phréatiques et illustre la situation actuelle de course an avant de l’agriculture productiviste. Les Deux Sèvres constituent également une parfaite illustration du modèle d’agriculture duale que nous dénonçons –et défendue par tous les autres candidats, notamment Emmanuel Macron, au nom du fait qu’on aurait besoin de tous les types d’agriculture, qu’il « y a de la place » pour une agriculture diversifiée et différents modèles, etc. Si l’agriculture biologique se développe dans le département, la croissance en termes de surfaces est lente, car l’essentiel des terres est accaparé pour la croissance des grandes exploitations productivistes, avec une spéculation foncière se traduisant par un renchérissement permanent du foncier agricole. Nos propositions pour stopper et inverser le processus de concentration du foncier –et rappelons que nous sommes les seuls à faire ces propositions- prennent tout leur sens dans ce type de situation.

Pour revenir à la ferme de Benoit Piron, celui-ci applique les principes du label biocohérence. Il met en garde contre les dérives de l’agriculture biologique, liées notamment aux insuffisances du cahier des charges européen : de nombreux pesticides naturels, mais pouvant présenter des dangers pour la santé, sont en effet autorisés. L’agriculture bio est en partie récupérée par l’agro-business (firmes d’intrants) et par de grandes exploitations qui appliquent de façon systématiques des traitements bio, bien éloignée de la démarche de l’agriculture biologique et paysanne qui est avant tout de valoriser le potentiel des écosystèmes (y compris via la lutte biologique), en appliquant des traitements naturels uniquement en cas de besoin. Si nous accédons au pouvoir, nous devrons tenir compte de ces éléments pour faire évoluer certaines pratiques de l’agriculture biologique et encourager les démarches comme celle de bio-cohérence.

Une autre leçon de cette visite est que, si les rendements à l’hectare sont plus faibles qua dans l’agriculture conventionnelle, la très forte réduction des coûts de production et la meilleure valorisation des produits (dans ce cas, vente en circuits courts via des AMAP et une vente en direct) permettent de vivre de son travail.

Enfin, cette visite confirme la question de l’importance du haut niveau de savoir-faire technique pour mettre en œuvre ce type d’agriculture. Et donc de la nécessité d’un accompagnement des agriculteurs passant en bio, de circuits d’échanges, de la valorisation des agriculteurs qui, comme Benoit, a accumulé un niveau de connaissance et de savoir-faire tout-à-fait exceptionnel.

En soirée, la réunion publique à Maizières en Gâtinais a été un succès. Soixante-dix participants, dont plus des deux-tiers n’étaient pas militants de la France insoumise. Une réunion animée avec brio par les candidates Nathalie et Karine qui ont parfaitement fait le lien entre tout ce que nous avions vu dans la journée et notre projet, et qui mènent cette campagne avec sérieux et enthousiasme. Une occasion de présenter en détail le programme pour l’agriculture de la France insoumise et de son candidat à l’élection présidentielle, Jean-Luc Mélenchon. Un échange riche avec les participants, un intéressant témoignage du maire de la commune de Saint Mar, dont la totalité de la restauration scolaire est maintenant en bio et en circuits court, grâce notamment à une forte volonté politique et un plein engagement du personnel de la restauration. Une confirmation que, grâce à une politique de réduction à pratiquement zéro des gaspillages alimentaires, le coût de revient de tels repas (1,50 €) peut être équivalent au coût habituel. Des échanges aussi sur la place de l’élevage dans la transition écologique, l’évolution des modes de consommation, les dégâts de l’agriculture productiviste, la nécessaire protection du foncier, la redistribution des revenus comme élément essentiel pour permettre une alimentation de qualité pour toutes et pour tous et une juste rémunération du travail paysan.

11 avril : Vignerons indépendants

Le 11 avril, l'équipe agriculture a repris les auditions au siège et a rencontré Thomas Montagne, président de la Fédération des vignerons indépendants (VI), et Jean-Jacques Jarjanette, directeur général des VI. Les vignerons indépendants représentent 55% de la profession française de vin. Leur particularité est de rassembler des vignerons qui représentent l’ensemble de la filière viticole et se retrouvent donc à tous les stades de la vigne et du vin (récolte, vinification, production, commercialisation etc.)

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Lors de notre rencontre, les représentants ont insisté sur l'efficacité de la structure familiale qui génère de l'emploi, de l'activité économique, de l'investissement, de la vie, et de la culture dans les territoires. Les vignerons indépendants réfutent la fonction de la production comme massification de l'offre mais considère au contraire le vin comme un produit culturel qui ne peut être standardisé.

Pour protéger les exploitations familiales et sauvegarder l'entreprise individuelle, les VI proposent entre autre de supprimer la taxation à la transmission du patrimoine agricole considérant que pour beaucoup de familles d'agriculteurs l'héritage est un fardeau et accélère la concentration de surfaces par de grandes exploitations.

Du point de vu de la protection de l'environnement, les VI se réclament précurseurs de nombreuses démarches dans ce sens. Leur contact permanent avec le public leur permet d'être plus sensible à la pression sociétale qui souhaite de plus en plus des produits dénués d'intrants chimiques. Ainsi, les Fédérations régionales des Vignerons indépendants incitent ses adhérents à se lancer dans la certification biologique ou "haute valeur environnementale". Une certification qui implique entre autre de réduire les intrants. 38% des VI sont engagés dans une ou plusieurs certifications, que ce soit en Agriculture biologique ou au titre de la Haute Valeur Environnementale (HVE). Pendant notre réunion, les VI ont insisté sur le fait que la reconversion au biologique devait être un mouvement d'ensemble mais que chacun devait avancer à son rythme selon les régions et les conditions climatiques propres à chacun des écosystèmes. Pour gérer ces différences de vitesse, les VI veulent mettre en avant la biodiversité en même temps que la bio, les deux étant complémentaires. L'encouragement du HVE est un axe de plaidoyer important des VIE, plus de 50% des certificats HVE sont décernés aux VI. Par ailleurs, les VI et la FI se rejoignent sur l'importance de la recherche agronomique pour répondre aux enjeux environnementaux afin de remédier à la stagnation des derniers années dans ce domaine.

Par ailleurs, les VI plaident pour une simplification des textes relatif à la réglementation viticole, en particulier la réglementation viticole communautaire. A l'heure actuelle, cette réglementation brident l'application de mesures pourtant actées par les institutions de l'UE car la pénibilité d'application est trop lourde.

Toutefois, les VI et la FI ne convergent pas sur tout. Des divergences notables ont été relevées notamment sur le CETA que les VI soutiennent sur le pan des appellations contrôlées. Mais ces échanges ont permis de discuter des problèmes auxquels sont confrontés les vignerons et nous sera grandement utile si la France Insoumise accède au pouvoir.

11 avril : Agir pour l'environnement

Agir pour l'environnement (APE) a lancé une campagne pour interpeller les candidats à la présidentielle pour une Transition agricole et alimentaire. C'est dans ce contexte que nous avons rencontré l'association au siège de campagne le 11 avril, représentée par Stéphen Kerckhove, délégué général d'APE, Mathias Chaplin, coordinateur des campagnes et Agathe Gignoux, chargée d'affaires publiques pour CIWF.

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Cette audition a eu lieu alors que La FI adhère pleinement à la Charte "Moi Président-e - En 2017, je m'engage pour une agriculture bio et citoyenne" lancée par APE.

Lors de notre rencontre, Agir pour l'environnement est revenue sur plusieurs mesures prônées dans la Charte. En particulier, la fermeture des fermes-usines d'ici 2022. Si la FI n'a pas encore arrêté une date d'échéance qui sonnerait la fin de ces pratiques, elle considère que cette mesure participe de la transition à une agriculture écologique et paysanne. La FI prévoit de stopper les projets de fermes usines et de contrer ce modèle en soutenant financièrement et techniquement les systèmes d'élevage écologiques fondés sur la recherche d'autonomie fourragère, la revalorisation de l'herbe, et l'économie d'intrants. Il convient également d'inverser le processus de spécialisation et d'intensification de l'agriculture, en réintégrant dans l'ensemble des territoires des productions fourragères et des activités d'élevage et en accompagnant la diminution de l'utilisation des intrants de synthèse (pesticides et engrais) et le recours aux énergies carbonées. 

La question des pesticides a elle aussi été abordée, APE demandant le zéro phyto en 2025 avec l'interdiction immédiate des pesticides les plus dangereux que sont le glyphosate et les néonicotinoïdes. La FI répond par une proposition similaire en s'engageant à interdire dès 2017 les pesticides les plus dangereux pour la santé humaine et pour l'environnement (néonicotinoïdes, glyphosate) et à supprimer progressivement les autres à mesure que des alternatives non-toxiques et efficaces seront disponibles. L'ambition finale étant d'affranchir l'agriculture de sa dépendance aux pesticides.

Concernant la généralisation de la bio, APE souhaite atteindre 50% d'alimentation bio et locale dans la restauration collective. Sur ce point, notre programme est encore plus ambitieux et propose un calendrier de transition au 100% bio des structures publiques sur cinq ans. L'exigence d'une plus grande justice sociale en matière d'alimentation passe notamment par le développement d'une restauration scolaire exemplaire en matière d'alimentation proposée. Le "100% bio dans les cantines" contribuera également à sensibiliser les enfants aux questions d'alimentation et d'environnement. Afin de démocratiser l'accès à une alimentation bio et locale, notre programme prévoit la prise en charge à 100% des frais de cantine. Interrogée par l'association sur la manière d'imposer le 100% bio aux collectivités, la FI répond par la mise en place de structures et d'un cadre réglementaire favorable, ainsi que d'une implication financière active de l'Etat d'aide aux collectivités. APE propose à ce sujet d'instaurer une TVA différentielle pour les produits bio afin de sortir la bio de la niche dans laquelle elle est cloisonnée permettant une justice sociale et de financer les externalités positives de la bio. La FI n'ayant pas de positionnement sur la TVA différentielle, la mesure sera débattue plus largement au sein de l'équipe agriculture.

Par ailleurs, APE a insisté sur la nécessité de fixer un cap sur les surfaces agricoles en bio et estime qu'il faudrait 400 000 Ha de terre en bio et donc une multiplication par 5 pour pouvoir fournir la restauration collective en bio.

Concernant l'étiquetage, l'association demande d'aller au-delà de l'étiquetage d'origine et d'adopter un étiquetage obligatoire du mode de production, en particulier du mode d'élevage. La FI s'engage à mettre en place un étiquetage obligatoire du mode d'élevage et de redéfinir les normes d'élevages en vue du respect de la condition de vie des animaux d'élevage ainsi que l'amélioration effective de la réglementation sur les condition d'abattage.

La journée s'est donc achevée sur un échange fructueux et enrichissant dont on espère voir émerger un travail commun en cas d'accès au pouvoir.

11 avril : Coop de France

Nous avons auditionné Damien Lacombe, Président de la coopérative laitière Sodiaal, et Michel Prugue, Président de Coop de France et de la coopérative Maïsadour, afin d’échanger sur les coopératives agricoles et agroalimentaires. La particularité des entreprises coopératives, qui représentent 1 marque sur 3 dans l’agroalimentaire, est qu’elles sont dirigées et gérées par les adhérents. Chaque adhérent représente une voix.

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Les coopératives agricoles sont nées dans une période de grandes difficultés pour les agriculteurs, qui voyaient dans la coopération un moyen d’être plus forts, grâce au partage des outils et moyens de production et transformation. Depuis, avec l’essor de l’industrie agroalimentaire, les coopératives se sont étendues, et rassemblent bien souvent des acteurs de l’ensemble d’une filière. C’est par exemple le cas de Limagrain, société coopérative dont les activités vont, de par les groupes qu’elle possède, de la sélection variétale et la production de semences, à la boulangerie et pâtisserie industrielle (avec les marques Jacquet et Brossard notamment).

Selon nos interlocuteurs, il ne faut pas opposer circuits courts et circuits longs, car les coopératives jouent sur les deux tableaux. Ils citent en exemple les producteurs d’asperges blanches des Landes. Avant, ils gardaient les plus belles pour leurs clients en vente directe, et les moins belles pour la coopérative. Comme ils n’avaient pas de moyens d’étaler la vente, les prix étaient assez bas pendant la pleine saison de production. Dorénavant, la Coopérative leur permet de stocker leur production, donc d’élargir la période de vente des asperges, et donc d’avoir des prix plus hauts pendant toute la saison, en contrepartie du fait de fournir les meilleures asperges à la Coop. Ils conservent le droit de vendre jusqu’à 15% de leur production en vente directe.

Mrs Lacombe et Prugue défendent une vision de compétition, qui peut paraitre en contradiction avec la logique de coopération. Leur objectif est de gagner des marchés, puis de le garder en étant le plus « compétitif » possible. L’ensemble des propositions et revendications qu’ils nous ont adressées sont d’ailleurs axées autour de la compétitivité économique.

Le projet agricole que défend la France Insoumise est bien éloigné de la logique de course à la compétitivité défendue par nos interlocuteurs qui mène notre pays à une impasse économique, sociale et écologique.

Nous ne nous en cachons pas et leur exposons notre vision des choses, ainsi que nos principales mesures concernant l’agriculture et la grande distribution, partenaire privilégié des grandes coopératives agroalimentaires.

Nous trouvons néanmoins un point d’accord, avec notre proposition de passer les cantines publiques au 100% bio d’ici 5 ans. Cela les intéresse, car cette mesure implique de travailler avec des organisations de producteurs, possiblement en groupements type GAEC ou en coopérative, afin d’assurer un approvisionnement stable et régulier dans une grande variété de produits. Il faudra également dans certains cas associer aux producteurs des transformateurs afin de fournir aux cantines des produits transformés (beurre, yaourts, viande découpée etc…). La coopération agricole, dans sa vision originelle, a donc de beaux jours devant elle !

6 avril : les auditions sur le thème des races locales (animales et végétales)

La France Insoumise souhaité approfondir les problématiques de races locales et de semences paysannes. Pour ce faire, nous avons rencontré l'association « Races de Bretagnes », au salon de l'agriculture, l'association Pollinis, Jocelyne Porcher, sociologue à l'INRA notamment sur le thème de la relation relation homme animal d'élevage ainsi que la confédération Paysanne/Via Campesina (sur les dossiers semences et OGM).

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Compte rendu de la rencontre avec l'association « Races de Bretagnes »

Deux points primordiaux sont ressortis :

- La sauvegarde des races locales, porteuses de biodiversité, de caractères variés (animaux résistants, adaptés à différents territoires…)

En effet, aujourd'hui la grande majorité des exploitations travaille avec des races qui sont issues de l'industrie des productions animales, souvent prolifiques, fragiles, sensibles aux maladies, aux variations du climat...Le processus d'industrialisation a provoqué une grande perte de biodiversité domestiques.  De plus, une bonne partie des races locales sont élevées par des personnes âgées ou qui élève seulement deux ou trois animaux. Sur la plupart des territoires, il n'y a peu d'associations, de moyens… pour sauvegarder ces races sur le long terme. Pour certaines races, il ne reste que 200 à 300 reproducteurs, ce qui est très faible. Il est temps de mettre en place un véritable  plan d'action pour sauvegarder les races locales de manières pérenne et cela passe par leur ré-insertion massive dans les systèmes d'élevage paysan, en tout premier lieu en élevage bio. Les cahiers des charges bio devraient favoriser, par exemple en élevage de porcs, l'utilisation de races locales.

- L'importance de manger de la viande de qualité, issu d'élevage digne pour Tous. Pour Jocelyne Porcher, la quantité de viande consommée découlera nécessairement de cette consommation de qualité. Elle sera réduite. Il faudrait réduire drastiquement voire arrêter la consommation de produits animaux industriels et au contraire consommer davantage de produits issus d'élevages dignes de ce nom. Plus on pourra rétablir une relation entre le consommateur, l'éleveur et l'animal, plus on ira vers un élevage et une nourriture de qualité.

Aujourd'hui on tue un poulet "export" à 3 semaines. La viande n'est pas mature, l'espérance vie de ce poulet est quasi nulle. Il faut repenser les modes d'élevage est prenant en compte le bien être des animaux, leur espérance de vie, leur mort. L'abattage à la ferme doit être autorisé afin de limiter le stress des animaux et de permettre à l'éleveur d'accompagner son animal.

Par ailleurs, les produits animaux de qualité, par exemple, les cochons Noir de Bigorre se retrouvent essentiellement dans le 5ème arrondissement de Paris, pour une classe aisée de la population. Rendre accessible cette viande de qualité à tous est un enjeu social.

Complément du compte rendu de la rencontre – relations entre humains et animaux. J. Porcher (INRA)

L’industrialisation de l’élevage depuis le 19ème siècle, et plus largement l’industrialisation de nos sociétés, ont conduit à une mise à distance et à une invisibilité des animaux de ferme et à une apparente scission entre ceux-ci et les animaux dits « de compagnie » supposés choyés et humanisés. Or, animaux de ferme et animaux de compagnie sont des animaux domestiques et leur devenir dans nos sociétés est le même. A l’heure où certains revendiquent l’ « abolition de la viande » et la « libération » des animaux, il est important de saisir l’importance de la place des animaux domestiques dans les rapports sociaux. Les animaux domestiques sont partie prenante de la société notamment par le biais du travail. Vaches et chiens ont en commun d’être impliqués dans le monde du travail humain, c’est grâce au travail que nous avons créé des liens et c’est grâce au travail qu’ils sont pérennisés. Sortir les animaux du travail, c’est les sortir du monde social et les sortir de nos vies. Lorsque les « abolitionnistes » réclament la « libération » des animaux de ferme, ils demandent en fait la fin de nos relations avec eux, donc leur disparition progressive. Mais il n’y a aucune raison de « libérer » les vaches et de ne pas « libérer » les chiens qui sont aussi des animaux domestiques, identifiés, nourris, logés, sélectionnés… et engagés dans le travail. Donc à moyen terme, clôturer nos relations avec les animaux de ferme, c’est les clôturer également avec tous les animaux domestiques. C’est faire le travail sans eux.

La « cause animale » vise de facto aujourd’hui, en collusion d’intérêts avec les multinationales de l’industrie 4.0, à remplacer les animaux dans l’alimentation (substituts végétaux à l’alimentation carnée -notamment le soja-, demain viande in vitro) et dans nos vies (robotisation du travail dans les productions animales, robots à la place des animaux de compagnie, notamment des chiens et des chats). Il s’agit donc de sortir les animaux du travail et de les remplacer par des équipements et des produits beaucoup plus rentables. La « cause animale », servie par des associations dont les ressources et les desseins sont pour le moins opaques et par des « philosophes » pour qui les animaux sont des idées et non pas des êtres concrets avec qui nous sommes dans des relations incarnées,  défend donc moins la cause des animaux que celle des start-up de l’alimentation 4.0 et de la robotique, et des multinationales des grandes cultures. La « cause animale » est celle du capital.

Prendre en compte les animaux, c’est sortir des productions animales, industrielles et intensifiées. C’est faire de l’élevage ; élever les animaux et non les produire. C’est défendre des systèmes d’élevage dignes et respectueux des animaux, des éleveurs, des consommateurs et plus largement de nos concitoyens dont la majorité veulent continuer à vivre avec des animaux et non pas rompre avec eux et les renvoyer à la sauvagerie ou à l’inexistence. Prendre en compte les animaux, c’est leur faire une place dans les villes et réinventer nos relations de travail avec eux. C’est créer des liens entre paysans et citadins qui ont en commun d’aimer la compagnie des animaux et de vouloir construire leurs vies avec eux. C’est construire un monde humain avec les animaux.

Quelques ouvrages : Eleveurs et animaux, réinventer le lien. PUF, 2002 ; La mort n’est pas notre métier. Editions de l’Aube, 2003 ; Bien-être animal et travail en élevage. Quae, 2004 ; Une vie de cochon, La Découverte, 2008 ; Cochons d’or, Quae 2010 ; Toréer sans la mort, Quae, 2010 ; Vivre avec les animaux, une utopie pour le 21ème siècle, La Découverte, 2011 ; Livre blanc pour une mort digne des animaux, Editions du Palais, 2014 ; Travail animal, un autre regard sur nos relations aux animaux. Film 26 mn. Educagri, 2017  http://jocelyneporcher.fr/

 

Compte rendu de la rencontre avec Guy Kastler, porte parole de la Confédération Paysanne et de Via Campesina 

 Au cours de cette discussion, Guy Kastler a souligné deux points principaux sur lesquels agir afin de mener à bien la transition vers une agriculture paysanne. Le premier de ces points concerne les législations à modifier afin de rendre possible la mise en culture à grande échelle de variétés population, appelée communément « variétés paysannes ». Le deuxième point concerne le besoin criant de recherche collaborative sur les semences et sur la sélection variétale, ainsi que la nécessité urgente de rediffuser des savoir-faire qui ont presque complètement disparu du milieu professionnel agricole. Ces deux points sont développés ici :

Réformes

Les agriculteurs peuvent se procurer des semences par deux voies : la voie commerciale (qui concerne la très grande majorité des cas), ou la voie hors-commerce des échanges entre agriculteurs.

Les échanges de semences entre agriculteurs sont essentiels. Depuis  l’entrée en vigueur de la Loi pour la reconquête de la Biodiversité (en juillet 2016), ces échanges sont légaux dès lors qu’ils concernent des variétés qui ne sont pas protégées par un Certificat d’Obtention Végétal (COV). C’est une avancée majeure dont nous nous félicitons. En revanche, cette loi soumet désormais les échanges de semences entre jardiniers amateurs (qui n’étaient pas interdits auparavant) aux mêmes règles sanitaires que les professionnels. Or ces règles, qui signifient concrètement l’obligation pour les jardiniers amateurs d’effectuer des analyses et de passer par une bureaucratie conséquente pour pouvoir échanger leurs semences, ne sont absolument pas applicables. Il est donc nécessaire de supprimer cette obligation pour les échanges entre amateurs.

Lorsqu’un agriculteur se procure des semences par la voie commerciale, il ne peut acheter que des semences de variétés inscrites au Catalogue Officiel des Espèces et Variétés. Ce catalogue a fortement dérivé depuis sa création. Il avait initialement vocation à garantir le caractère sain et loyal des semences achetées. On s’assurait ainsi en achetant des semences d’une variété inscrite au Catalogue que l’on obtiendrait bien la variété escomptée et un taux de germination suffisant. Les règles d’inscription des variétés au Catalogue sont depuis plusieurs décennies un carcan qui freine la transition paysanne de l’agriculture. En effet, les critères d’Homogénéité, de Stabilité et de valeurs agronomique pour les espèces de grandes cultures sans lesquels une variété ne peut pas être inscrite obligent les agriculteurs à homogénéiser et stabiliser leurs conditions de culture avec des engrais et pesticides chimiques. Ils empêchent de fait l’inscription des variétés population (variétés dites anciennes ou paysannes). C’est précisément leur hétérogénéité et leur variabilité et donc leurs capacités d’adaptation à leur milieu qui les rendent précieuses et indispensables à la transition écologique de l’agriculture. Il est donc impératif de réformer ces règles d’inscription au Catalogue afin que puissent y entrer toutes les variétés populations, rendant ainsi leur achat par les agriculteurs possible.

En ce qui concerne les espèces à multiplication végétative (les arbres fruitiers, la vigne, entre autres), il est aujourd’hui interdit de pratiquer la sélection massale. Seule la sélection clonale est autorisée. On observe donc, par exemple en viticulture, des milliers d’hectares issus de 2 ou 3 têtes de clone, ce qui favorise grandement la survenue de maladies de dégénérescence. Il faut impérativement ré-autoriser la sélection massale dans chaque terroir, et réapprendre aux paysans (et aux élèves) les savoir-faire qui ont disparu. Aujourd’hui, seuls de rares vignerons, souvent âgés, savent encore pratiquer correctement la greffe dans le champ. Ces savoirs n’ont pas totalement disparu. Pour les arbres fruitiers, ils sont bien plus répandus chez les amateurs, comme les Croqueurs de pommes par exemple, que chez les professionnels.

Au delà des lois de commercialisation, il y a aussi les problèmes découlant de la propriété intellectuelle (brevets, Certificat d’obtention végétale), des manipulations et des contamination génétiques qui ne sont pas abordés ici.

Recherche et Savoir-faire

Les savoir-faire liés aux semences, à la sélection variétale ou encore à la greffe, ont presque complètement déserté le milieu agricole. Depuis plus de 10 ans, le Réseau Semences Paysannes s’est attelé à recenser les connaissances et savoir-faire, et force est de constater que c’est le plus souvent dans les pays plus pauvres que les connaissances restent prégnantes (Afrique, Europe de l’Est, Amérique du Sud). On estime aujourd’hui qu’entre 3000 et 5000 paysans français sont autonomes en semences, ce qui est très peu.

Si l’on veut augmenter sensiblement la quantité de semences de variétés population disponibles pour les paysans, il sera nécessaire de réapprendre les mécanismes de sélection et de multiplication propres à ces variétés aux structures volontaires. De nombreux Groupements d’Agriculteurs Biologiques, Adear, Civam... sont prêts à s’investir dans ce travail. 

Le besoin de recherche et de développement de variétés est criant pour certaines espèces. Le sarrasin en est un excellent exemple. La seule variété disponible (La Harpe), a été obtenue dans les années 1960 par multiplication in vitro qui provoque de nombreuses mutations artificielles. Pour réadapter des variétés qui n’auraient pas été manipulées génétiquement, il faut aller chercher les graines anciennes qui subsistent dans les collections, les remettre en culture, les améliorer. C’est un travail qui prend énormément de temps, et qui doit donc être entrepris très rapidement.

Les variétés anciennes ou locales d’arbres fruitiers que l’on peut trouver aujourd’hui dans les vergers conservatoires ou chez des paysans passionnés ne sont pas du tout adaptées aux pratiques intensives d’arboriculture. Ces variétés ne peuvent pas être cultivées en haute densité et en basse tige. C’est donc un changement global de mode de production en arboriculture qu’il faut mettre en place si l’on veut à nouveau cultiver ces variétés.

Plus généralement, la recherche doit entreprendre massivement des programmes de sélection participative, voire même de sélection collaborative, pour l’ensemble des espèces cultivées en France. Par ailleurs, on constate sur le terrain que les rares chercheurs déjà impliqués dans ce genre de démarche ne sont pas soutenus par leur structure, et passent un temps considérable à chercher des financements pour que les programmes perdurent. Ces programmes devraient bénéficier de financements stables et pérennes, afin que les chercheurs puissent consacrer beaucoup plus de temps à leur activité scientifique et au terrain.

En conclusion, nous constatons partout que la biodiversité agricole non-manipulée, c’est-à-dire qui a été épargnée des manipulations génétiques au cours des dernières décennies, est en déclin. Or, nous avons un besoin crucial de cette biodiversité comme base de sélection pour développer des variétés adaptées aux conditions de l’agriculture paysanne, et aux conditions climatiques changeantes des prochaines décennies. Tout l’enjeu des politiques à mettre en place est de stopper ce déclin, relancer la diffusion des savoir-faire de sélection paysanne, des programmes de sélection participative avec les paysans, et de multiplication de semences paysannes en condition réelles, et plus largement de soutenir les changements de mode de production et de commercialisation afin de redonner aux variétés populations et aux races locales le rôle principal dans l’agriculture française.

4 avril : Pôle Inpact

Le 4 avril, nous avons reçu au Siège de campagne plusieurs membres du Pôle Inpact, représentants des  CIVAM (Jean-Claude Balbot), de l’Atelier Paysan (Fabrice Clerc), des FADEAR (Eve Poultot) et des AMAP. Le lendemain se tenait à AgroParisTech un séminaire sur la souveraineté technologique des paysans, organisée par le Pôle Inpact, qui a été l’occasion de poursuivre la discussion entamée.

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Tous s’accordent sur le fait que les financements qui sont accordés à leurs structures, et donc au Pôle Inpact, sont très maigres comparé au travail de grande ampleur qu’ils accomplissent sur le terrain, et à l’importance fondamentale de ce travail dans l’accompagnement et le développement de l’agriculture paysanne sur les territoires. Sur les 110 millions d’euros du CASDAR, qui vont en grande majorité aux Chambres d’Agriculture (40 millions) et aux Instituts Techniques (42 millions), moins de 2 millions sont alloués aux structures membres du Pôle Inpact.

Eve Poultot souligne que les 67 associations qui composent la FADEAR (et qui travaillent en complément des CIVAM, ou en remplacement là où les CIVAM sont absentes) remplissent un rôle essentiel de formation, de diagnostic sur les fermes, et de plus en plus d’aide à l’installation. C’est ainsi 5000 paysans qui sont aidés chaque année. La FADEAR est l’un des rares organismes à épauler les nouveaux arrivants dans le milieu agricole, trop souvent livrés à eux-mêmes.

Fabrice Clerc présente les activités de l’Atelier Paysan. Le paysan fait appel à l’Atelier pour répondre à un problème particulier (besoin d’un outil non-existant, adaptation d’un bâti à un usage spécifique…) et co-conçoit l’outil ou le bâtiment avec les gens de l’Atelier. La production est alors entièrement en accord avec ses besoins, avec des matériaux facilement accessibles et des technologies/techniques applicables par tous. Les plans des prototypes sont en accès libre sur le site internet de l’Atelier Paysan, et essaiment ainsi sur toute la France. C’est le cas par exemple d’un outil (le Dahu) conçu pour gérer l’enherbement des bordures entre les rangs de vigne sur les coteaux pentus du vignoble St Joseph, et qui est maintenant repris dans le Bordelais, en Alsace, dans le Jura…

La discussion s’oriente sur les politiques publiques.  Jean-Claude Balbot (CIVAM) et Fabrice Clerc pointent du doigt l’inadéquation totale entre les besoins de terrain et les orientations des politiques publiques agricoles. L’un des exemples flagrants est le Plan Agriculture Innovation 2025, qui est imposé aux agriculteurs sans aucune concertation, et qui participera un peu plus à la mainmise grandissante du secteur des technologies (biotech, nanotech, numérique) sur l’agriculture.

Jean-Claude Balbot souligne la nécessité d’évaluer l’efficacité des politiques publiques agricoles, ce qui n’est jamais fait, malgré l’obligation qu’a l’Etat de procéder à de telles évaluations. Il faudrait repenser en profondeur la manière d’évaluer la « réussite » de l’agriculture française, pas uniquement sur le chiffre et le volume. Le Pôle Inpact mène déjà des réflexions sur ce sujet.

Le machinisme agricole illustre très bien cette dérive des politiques publiques, et est symptomatique d’un système qui favorise  le bidouillage fiscal pour soustraire du chiffre d’affaire à la solidarité nationale plutôt que de repenser des systèmes agronomiques intelligents, économes et autonome. En effet l’achat de machines agricoles est une dilapidation d’argent public ainsi qu’un gouffre financier pour les agriculteurs.

La fiscalité en place permet de sur-amortir les machines achetées en 3 ans, et incite donc à en acheter de nouvelles très fréquemment pour payer moins de cotisations sociales et d’impôt sur le revenu (50% de la somme dépensée n’est pas imposable l’année suivant l’achat, 25% pour les 2 années suivantes). Grâce à la Loi Macron, les agriculteurs bénéficient de 140% d’amortissement s’ils achètent du matériel agricole neuf (ils peuvent amortir 140 s’ils ont acheté 100). Cela incite à la surpuissance des machines car les agriculteurs qui avaient prévu de s’acheter une certaine puissance de tracteur peuvent acheter un tracteur plus puissant pour la même dépense, même s’ils n’en ont pas besoin.

Enfin, un ancien agriculteur assistant au séminaire témoigne qu’il constate sur le terrain que lorsqu’un terrain, même petit (15, 20 ou 30 ha) est mis en vente, absolument tous les agriculteurs se jettent dessus, et que ces terrains vont systématiquement à l’agrandissement, favorisé par le Crédit Agricole. Au-delà de l’intérêt d’agrandir sa ferme pour toucher plus d’aides à l’hectare, il semble qu’une logique de capitalisation soit largement répandue dans la tête des agriculteurs qui se disent « de toute façon, la MSA me versera une retraite minuscule, autant racheter des terres/un nouveau tracteur/accroitre mon cheptel, ça me fera des sous quand je les revendrai en partant à la retraite ».

En conclusion, l’ensemble des personnes rencontrées nous réaffirme leur volonté de travailler étroitement à l’avenir avec la France Insoumise (éventuel gouvernement et/ou députés), qui aurait un grand intérêt à s’appuyer sur le travail remarquable accompli sur le terrain dans le projet d’agriculture paysanne qu’elle porte, et qu’ils soutiennent pleinement.

4 avril : La Fédération Nationale des industries de Corps Gras

La fédération nationale des industries de Corps Gras (FNCG), par le biais de son délégué général Hubert Bocquelet, a mis en exergue des différences de traitement en terme de fiscalité sur les produits alimentaires.

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Depuis les années 60, le beurre bénéficiait d'une Taxe sur la Valeur Ajouté (TVA) à 5,5  % contre 20 % pour la margarine. Cette décision se justifiait par un soutien aux producteurs de lait à une époque où il fallait écouler les stocks. Mais le contexte a changé, les marchés se sont libéralisés, avec la fin des quotas laitiers. La FNCG demande la simplification de la fiscalité de l'agro-alimentaire et  d'abaisser la TVA de la margarine à 5,5%, à l'image des autres produits alimentaires. Le poids de cet impôts  étant supporté par le distributeur et au final par le consommateur.

La FNCG remet également en cause la taxe spéciale sur les huiles végétales destinées à l'alimentation humaine. Il existe en effet sept tarifs différents sur les huiles (olives, arachide, colza, palme, etc.) avec des structures différentes, qui ne s'expliquent par aucune finalité comportementale.

L'équipe agriculture a bien écouté les revendications de la FNCG qui s'inscrivent dans la volonté du programme d'une révision de la fiscalité plus juste qui réponse aux critères environnementaux.

4 avril : Biocoop

Le 4 avril nous avons rencontré au siège de campagne les représentants de Biocoop, leader de la distribution alimentaire biologique. Ces derniers nous ont exposé leur projet qu'il qualifie de "politique" et qui vise au développement d'une agriculture plus responsable.

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Les mots d'ordre de l'entreprise sont la coopération, l'équité et la transparence afin que les producteurs et fournisseurs puissent avoir de la visibilité pour répondre aux demandes. Ce projet se concrétise dans la structuration de filières agricoles biologiques sur tout le territoire afin de regrouper les producteurs et les consommateurs. Ce travail collectif est pour Biocoop très important pour lisser les risques et éviter de tomber dans le conventionnel sans pesticides dans lequel le développement de la bio s'engouffre aujourd'hui avec l'industrialisation qui s'en empare.

Biocoop et la France Insoumise partagent le même souci de la transition écologique et ont subséquemment de nombreuses préoccupations communes  :

Le réseau de magasins bio a insisté sur la nécessité de fixer un prix qui rémunère l'agriculteur et qui soit équitable pour les consommateurs de produits bio. Pour ce faire, elle propose de baisser la TVA sur les produits issus de l'agriculture biologique qui se justifierait par les bienfaits de l'agriculture bio sur l'écosystème et sur l'activité économique (création d'emplois). De cette manière, elle rendra les produits bio plus accessibles. De son côté la France Insoumise propose d'instaurer un système garantissant des prix rémunérateurs aux producteurs, en fixant notamment des prix minimums au producteur ou coefficient multiplicateur maximum selon les productions.

La création d'emplois par la bio est un second objectif commun, Biocoop souhaite infléchir l'hémorragie paysanne et souligne que la bio emploie deux fois et demi de plus que le conventionnel. Elle prône la France des 1 million de paysans par une politique de réinstallation.

Une autre ligne de bataille est l'augmentation des surfaces pour l'agriculture biologique afin de favoriser la production locale. La demande étant croissante, Biocoop anticipe un doublement de ses activités et estime avoir besoin de 300 000 hectares de surface agricole utile (SAU) d'ici 4 ans au lieu de 150 000 hectares aujourd'hui. Pour ce faire Biocoop propose de doubler la dotation pour les jeunes agriculteurs (DJA) pour les installations en bio et faciliter les aides à la conversion afin que les surfaces soient accessibles hors cadre familial. S'il est important d'investir de nouvelles surfaces, Biocoop insiste aussi sur la préservation des PME de la bio afin qu'elles ne soient pas rachetées et intégrées dans de plus grands groupes du secteur de l'agroalimentaire. La France Insoumise partage complétement cet objectif d'accès au foncier et d'aide à l'installation. Pour cela, elle prévoit entre autre de casser la dynamique de spéculation sur le foncier et rendre celui-ci accessible, en fixant d'une part une taille maximale d’exploitation par actif agricole familial ou salarié (jusqu’à deux salariés par exploitation dans le cas général) ; et d'autre part de transformer les Safer en Etablissements Publics Fonciers Ruraux avec une politique systématique de préemption chaque fois qu’il est possible de soutenir l’agrandissement de petites exploitations ou des installations dans le cadre de projets d’agriculture écologique.

Par ailleurs, Biocoop demande la fin des pesticides d'ici 2025 et estime faisable d'opérer cette transition en 8 ans en mettant à contribution la volonté politique et la recherche. Bicocoop et la FI partagent la conviction que la transition ne peut se faire sans modifier la législation sur les semences afin de rendre possible l'échange de semence entre les agriculteurs et d'assouplir les règles d'inscriptions au catalogue.

Un autre point d'accord est la transition au 100% bio dans la restauration collective. La FI en fait une mesure de justice sociale, couplant cet objectif avec la prise en charge à 100% des frais de cantine.

4 avril : La Fédération Nationale des Coopératives d'Utilisation de Matériel Agricole

Nous avons terminé cette journée d'auditions avec les principaux représentants de la FNCuma, Luc Vermeulen, Président FNCUMA, Christophe Perrault, secrétaire général de la FNCUMA et Pierre François Vaquie, Directeur général de la FNCUMA.

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Lors de cette rencontre la FNCUMA a plaidé pour un accompagnement de l'émergence de nouvelles formes coopératives. L'aspect économique est aujourd'hui primordial pour les agriculteurs et le travail en collectif via les coopératives est un moyen d'atténuer les charges pour les paysans telles que les charges de mécanisation. Elles sont aussi un moyen de mettre en commun des valeurs et de mutualiser des compétences.

La Fédération nationale des coopératives demande d'orienter massivement les fonds publics vers des investissements collectifs. Et par ailleurs de définir un cadre réglementaire et juridique qui reconnaissent les collectifs. Le problème soulevé est la tendance à reconnaitre uniquement l'agriculteur avec son statut comme "éligible à des droits". La conséquence étant de marginaliser les organisations collectives. Il serait ainsi intéressant qu'une CAE (coopératives d'activité et d'emploi) en terme d'installation/ transmission puisse avoir droit à des aides car elle n'est actuellement pas éligible aux aides agricoles (exemple RSA). Si l'équipe agriculture de la FI serait d'accord pour intégrer les projets collectifs dans un cadre qui leur permettrait d'avoir des financements, elle alerte néanmoins sur les risques de dérive de la financiarisation.

Les FNCUMA ont enfin souligné l'importance d'accompagnement des projets et des moyens mis en place à cette fin. Les réflexions de la France Insoumise rejoignent complétement cette position. Un des axes programmatique étant d'accompagner la transition du modèle agricole à travers un accompagnement fort des agriculteurs, en particulier l'accompagnement collectif qui permet de faire tache d'huile et d'encourager l'échange d'expériences entre les agriculteurs.

Pourfendant la logique d'agrandissement et de capitalisation à laquelle les agriculteurs sont poussés, la FI souhaite repenser les systèmes à l'échelle des exploitations et la voie du collectif permet de suppléer au surinvestissement et d'atteindre cette autonomie.

Des inquiétudes sur la mise en œuvre et l'appropriation du projet par les agriculteurs ont été soulevées par la FNCUMA. La FI est consciente que le changement de paradigme est un processus dont les paysans mettront du temps à s'imprégner. Nous sommes d'accord que les agriculteurs doivent être au cœur de la transition agricole, il est toutefois important de créer les conditions du changement. Nous ne voulons pas nous limiter à des actions de terrains où des initiatives émergent et proposons un cap que l'on revendique radical pour opérer un changement de modèle qui s'est ancré dans le paysage économique et politique. L'accompagnement des agriculteurs nécessitent par exemple de modifier les missions des réseaux d'établissement public que sont les chambres d'agriculture afin qu'elles assurent réellement l'intérêt général et l'accompagnement.

5 mars : Débat télévisé depuis le Salon de l'Agriculture.

Léa Lugassy, membre de l'équipe d'animation du livret Agriculture, a défendu le programme agricole de la France insoumise face à une représentante d'Emmanuel Macron. L'intitulé du débat est : "quelles perspectives pour les agriculteurs dans les programmes des candidats à la présidentielle ?"

Léa intervient à partir de la 29éme minute : http://pluzz.francetv.fr/videos/dimanche_en_politique_alpes.html

3 mars : Laurent Levard : « Garantir aux paysans le droit de vivre de leur travail », article dans l'Humanité.

"Laurent Levard a participé à la rédaction du programme agricole de la France insoumise. La résolution de la crise paysanne passera par un prix rémunérateur et le développement d’une agriculture écologique, défend-il."

Retrouvez l'interview compléte de Marie-Noëlle Bertrand, Cheffe de rubrique Planète pour le journal l'Humanité : http://www.humanite.fr/laurent-levard-garantir-aux-paysans-le-droit-de-vivre-de-leur-travail-632901

 

28 février : L'Association Française d'Agroforesterie et le Mouvement Inter-régional des Amap

L'équipe agriculture a organisé des auditions au siège de campagne de la FI avec trois associations, que sont l'Association Française d'Agroforesterie, le Mouvement Inter-régional des Amap. Ces rencontres ont permis d'échanger sur des sujets précis et d'enrichir une nouvelle fois le programme de la France Insoumise.

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L'AFAF a présenté sa vision de l'agroforesterie en rejetant tout dogmatisme, considérant l'agroforesterie comme dépendante de l'agriculteur et soutenant que le sujet de l'agroforesterie est l'agriculture, l'arbre n’étant seulement qu’un maillon. l’AFAF soutient que l’implantation d’arbres dans les exploitations agricoles doit en premier lieu répondre aux problématiques que rencontrent les agriculteurs (érosion, perte de fertilité des sols, manque de pollinisateurs ou d’auxiliaires des cultures), et ce afin que leur adoption puisse se généraliser. Pour encourager cette pratique, l'AFAF insiste sur la mise en avant des services éco systémiques de l'intensification végétale. L’aspect économique ne doit cependant pas être négligé, et le soutien à la filière bois (entre autres) peut permettre de valoriser la composante arbre des agrosystèmes, et ainsi un complément de revenus aux agriculteurs. Le financement de projets agricoles de plantation doit donc être encouragé, ainsi qu'un soutien aux différentes filières en lien avec l’agroforesterie, et la mise en place de conseils aux agriculteurs.

 

MIRAMAP a profité de notre entrevue pour nous informer du lancement de leur campagne "Nous Produisons, Nous Mangeons, nous Décidons". Une campagne qui plaide pour l'ouverture des instances de gouvernance alimentaire aux citoyens. MIRAMAP demande l'organisation d'une gouvernance qui permette la représentation de tous les intérêts de la population et la participation réelle des mouvements citoyens.

28 février : Pollinis

La venue de Pollinis, association pour la protection des pollinisateurs a permis de dialoguer avec Pauline Landel, chargée du plaidoyer, Nicolas Laarman, délégué général de l'association, d'Hacene Hebbar, coordinateur des projets, et de Vincent Canova, apiculteur, sur le sort de l'abeille noire, race aujourd'hui menacée par le développement de races hybrides (type Buckfast) ou étrangères.

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Quinze conservatoires ont été créés pour endiguer le déclin de cet écotype national. La Fédération européenne des conservatoires d’abeille noire (FedCan) et Pollinis définissent un contenu de formation à destination des futurs apiculteurs intégrant pleinement l'abeille noire et des pratiques d’apiculture extensive. Les deux associations demandent que soient prises au plus vite des mesures juridiques protégeant les zones conservatoires et les travaux essentiels qu’elles abritent. Elles demandent de stopper autant que possible la transhumance, pratique parfois utilisée pour vendre des services de pollinisation, et réclament des mesures pour encourager la sédentarisation les ruches.
Parallèlement, Pollinis partage le constat des graves difficultés auxquels font face les apiculteurs aujourd’hui et soutient que les solutions peuvent être trouvées dans le cadre d’un débat public national, ouvert aux associations environnementales et citoyennes, et respectueux de l’existence d’une grande diversité de pratiques apicoles. L’association défend que l’apiculture perdrait à se redéfinir autour de pratiques d’élevage intensif, et invite à penser plus largement la question de la protection des pollinisateurs.
Dans le cadre de sa campagne en faveur d’une Charte présidentielle pour la protection des pollinisateurs (http://info.pollinis.org/charte-presidentielle-2017/), Pollinis demande un engagement concret des candidats : - en faveur de l’interdiction totale des pesticides néonicotinoïdes ancienne et nouvelle générations ; - pour la non transposition dans le droit français de la directive européenne « Secrets d’affaires » qui exonère les multinationales de rendre des comptes sur les substances utilisées dans les médicaments ; - pour exiger une contre-expertise systématique aux études remises par les entreprises agrochimiques pur l’homologation de leurs produits ; - pour accélérer la transition vers une agriculture respectueuse des pollinisateurs.

28 février : visite de la Délégation France Insoumise au Salon de l'Agriculture

Au lendemain du lancement par Jean Luc Mélenchon du livret Agriculture dans une ferme de l’Oise dont le modèle est une parfaite incarnation du projet agricole de la FI, une Délégation de la France Insoumise était présente au Salon de l'Agriculture, menée par Laurent Levard et Eve Saymard, tous deux co-animateurs agriculture de la campagne de la France Insoumise. Cette rencontre a permis de rencontrer de nombreuses organisations qui partagent nos préoccupations.

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La visite du Salon s'est ouverte sur un échange avec la Confédération paysanne. Celui-ci a été l'occasion d'aborder les insuffisances des mesures de limitation de pesticides. La gestion de ce problème majeur est aujourd'hui restreinte à des ZNT (zones non traitées) et des mesures de protection des populations fragiles (maisons de retraites, hôpitaux, crèches). Cette situation entraine les agriculteurs à intensifier toujours plus les cœurs de parcelles pour compenser le manque à gagner sur les bordures, et ne permet donc pas de réduire durablement l’usage de pesticides. De ces mesures résultent des riverains toujours aussi exposés et des paysans condamnés à supporter l'impact de cette limitation. Nous avons rappelé à cette occasion que la France Insoumise porte au cœur de son projet une réduction drastique de l’usage de pesticides par tous les agriculteurs, mais que cette réduction ne peut se faire que de manière construite et progressive et doit nécéssairement s’accompagner d’une modification de l’ensemble des pratiques agricoles (variétés utilisées, complexification des rotations, techniques de désherbage mécanique…) pour ne pas être subie par les agriculteurs.

La régulation du marché et la rémunération des prix ont aussi été évoquées à travers notre rencontre avec Interfel, l'interprofession de la filière des fruits et légumes frais. Laurent Levard a soutenu auprès de la filière la nécessité d'entamer une transition écologique pour l'ensemble de l'agriculture, rappelant que la FI était catégoriquement opposée à un modèle dual qui reviendrait à promouvoir une niche d’agriculture biologique destinée aux consommateurs les plus favorisés face à la domination, sur l’immense majorité du territoire, d’une production de masse de produits de mauvaise qualité pour la grande majorité de la population. Pour cela la rémunération du travail agricole est essentielle et nécessite la régulation de la production (quotas pour certaines productions), et l’encadrement des prix et des marges, par le biais de coefficients multiplicateurs pour la grande distribution et de prix minimums versés aux producteurs. La relocalisation de la production est elle aussi centrale, la restauration collective pouvant être un outil redoutable dans l'accomplissement de cet objectif. Un nouveau contrat entre la société et les agriculteurs est ainsi proposé, intégrant la rémunération, la transition écologique, et la relocalisation.

Le Snetap, premier syndicat de l’enseignement agricole public, a lui interpellé la Délégation sur l'enjeu de l'enseignement public agricole et du budget qui lui est consacré. Le Snetap, en soutien avec la France Insoumise, insiste sur l'importance de développer l’enseignement public agricole. Aujourd'hui l’enseignement public est minoritaire puisque les 2/3 des élèves sont scolarisés dans des établissements privés. Cela s'explique essentiellement par un manque de moyens. Nous partageons le point de vue du Snetap qu’il est indispensable de libérer l'enseignement agricole du poids du lobbying de la profession agricole. L'enseignement privé dépend des professionnels et a subséquemment tendance à reproduire son propre modèle, s'embrigadant dans le productivisme. Au contraire les établissements publics devraient être un moyen d'expérimenter d'autres modèles de production. Par exemple, convertir les fermes de tous les lycées agricoles en exploitations pratiquant l'agriculture biologique d'ici 5 ans.  

Le changement de gouvernance des Sociétés d'aménagement foncier et d'établissement rural (SAFER) et des Chambres d’agriculture est un sujet dont la Délégation a pu débattre avec les Civam, Terres de lien et le Mouvement rural de jeunesse chrétienne. L'objectif de la FI étant de limiter les tailles des exploitations agricoles et affronter la problématique du prix du foncier ainsi que le problème des retraites agricoles qui y sont liées.

La Délégation a aussi marqué l'arrêt au stand de l'Agence Bio, du Modef et de la Coordination Rurale. L'Agence Bio a rappelé l'extrême difficulté des agriculteurs reconvertis au Bio en 2015 lors de la réforme de la PAC. Une réforme qui promettait de mettre en place des aides permettant le maintien et/ou l'accompagnement des exploitations agricoles vers le bio. Ces aides, aujourd'hui miroir aux alouettes, n'ont toujours pas été versé par l'Etat pour 2016, entrainant de nombreuses exploitations vers la faillite.

La visite de l’Agence bio a permis de remettre aux acteurs de l’agriculture biologique le Pacte pour une agriculture biologique signé par Jean-Luc Mélenchon (photo).

8 février : Le programme agricole de la France insoumise s’illustre pendant le grand débat sur l’agriculture biologique.

Le 8 février, à l'invitation de la Fédération Nationale de l’Agriculture Biologique (FNAB), du  syndicat national des entreprises biosynabio (SYNABIO) et de la Commission bio de Coop de France, les candidat·e·s à l’élection présidentielle se sont exprimés sur le « Pacte bio 2017 » à travers leurs représentant·e·s. Ce fut aussi l’occasion d’un débat général autour des programmes en matière d’agriculture.

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Avant toute chose, les principaux chiffres du secteur de l’agriculture biologique ont été rappelés (label AB) :

  •         Une croissance spectaculaire du marché  de + 20 % pour la seule année 2016, atteignant les 6,9 milliards d’euros de chiffre d’affaire.
  •         1 nouveau magasin bio ouvre tous les 2 jours.
  •         76 % de la consommation bio française est fabriquée en France. → je ne comprends pas la phrase, proposition : 76 % des produits bio consommés en France y sont également fabriqués.
  •         5,8 % des surfaces agricoles françaises sont bio en 2016 et 21 nouvelles fermes se convertissent chaque jour en 2016.

La forte évolution de ce secteur traduit une volonté toujours plus importante de manger sainement ainsi qu’une conscience environnementale accrue dans la population. Le label Agriculture Biologique (AB) garantit la qualité des produits et l’absence de substances nocives commes les pesticides. Jusqu’à présent, le bio est surtout réservé à ceux qui peuvent se le permettre, car son prix est élevé. Pour démocratiser l’accès à une nourriture de qualité, les 3 collectifs ont rédigé un pacte pour le bio à destination des candidat·e·s dont voici les grands axes :

-          Amener la France au rang de leader européen de l’agriculture biologique.

-          Soutenir un secteur économique d’avenir.

-          Encourager le développement de la production biologique.

-          Relocaliser l’emploi agricole et agroalimentaire.

-          Garantir des politiques agricoles et agroalimentaires favorables aux filières bio.

-           Développer des outils de financement adaptés.

-          Augmenter la consommation de bio dans la restauration collective.

-          Impliquer tous les acteurs des filières bio dans leur gouvernance.

La France insoumise et son candidat à l’élection présidentielle, Jean-Luc Mélenchon, soutiennent pleinement ce Pacte. En effet, nous portons un projet de transition de l’ensemble de l’agriculture et du système alimentaire vers une agriculture écologique et paysanne. Dans ce projet, l’agriculture biologique occupe une place tout à fait centrale.

Pour Laurent Levard, co-animateur du livret agriculture : « Notre constat est que le modèle agricole et alimentaire aujourd’hui dominant ne répond plus à l’intérêt général quel que soit l’angle considéré. Notre projet d’agriculture écologique sera mis en œuvre dans le cadre d’une loi spécifique : elle suppose la conversion progressive de l’ensemble des agriculteurs aux principes de l’agriculture écologique et biologique. »

C’est en cela que le programme de la France insoumise s’est démarqué de celui du reste des candidats. En effet, l’agriculture biologique n’y est pas considérée comme une filière, se développant en parallèle de la filière agricole traditionnelle. Nous la voyons comme un objectif vers lequel toute l’agriculture doit être progressivement orientée.

Pour cela,  nous pouvons nous appuyer entre autre sur un transfert des fonds du premier pilier de la PAC (aides à la production et aux revenus) vers le deuxième pilier (mesures agri-environnementales) et un encadrement strict de celui-ci.

La restauration collective est une priorité. Nous mettrons en oeuvre un plan de transition vers le 100 % bio dans 5 ans. Le surcoût de l’introduction des produits biologiques en restauration collective sera compensé par la baisse du gaspillage.

L’agriculture biologique est aussi une source d’emplois, puisqu’elle peut en créer 50 % en plus que l’agriculture traditionnelle pour une même surface. Nous créerons 300 000 emplois paysans. C’est donc aussi la filière de formation qui sera refondée, ainsi que la recherche publique (INRA…). Il y a un fort enjeu à développer des semences adaptées à l’agriculture biologique. La France insoumise  a d’ailleurs été la seule organisation à aborder la question des semences, pourtant stratégique.

De la même façon, les autres représentant·e·s des candidats n’ont pas abordé la question sociale et le lien entre agriculture biologique et société. Fort d’un programme cohérent, Laurent Levard a ainsi expliqué :

« Nous sommes pour des prix agricoles rémunérateurs, ceci implique des prix plus élevés pour les consommateurs, et ceci suppose non seulement une évolution des modes de consommation mais aussi une redistribution des revenus dans la société. Vous ne pouvez pas avoir une démocratisation de la consommation de produits agricoles de qualité, notamment bio, dans un contexte d’austérité, où une partie de la population a du mal avec les fins de mois. Il n’y aura pas d’agriculture de qualité s’il n’y a pas une distribution plus juste des revenus dans la société. »

L’intervention de la France insoumise a été très appréciée, et un nombre conséquent de livrets agriculture ont été distribués lors de cet évènement. Le débat qui a suivi les différentes interventions a démontré que notre programme agricole est à ce jour le plus détaillé.

L’intégralité du débat : http://www.fnab.org/actualites/evenements/954-la-bio-dans-la-campagne-presidentielle-2017