Le premier numéro de la collection des « Livrets de la France insoumise » détaille les mesures d’urgence et les grandes orientations sur l’agriculture et l’alimentation. Il a été préparé par un groupe de travail animé par Laurent Levard, agro-économiste, et Eve Saymard, agronome.

Pour nous faire part de vos remarques et propositions ou pour indiquer votre volonté de participer au groupe de travail constitué sur ce thème, merci d’écrire à l’adresse suivante : livret-agriculture@jlm2017.fr

Laurent Levard 

photo2-campagne-municipales-2014Agro-économiste de formation, Laurent Levard a notamment travaillé sur la politique agricole européenne (PAC) et sur les questions de développement et
de politiques agricoles dans les pays du Sud. 

Il est l'auteur de l'ouvrage «Pour une nouvelle révolution agricole» paru en 2012 aux éditions Bruno Leprince.

 

Eve Saymard 

Ingénieur agronome, Eve Saymard accompagne des agriculteurs et des porteurs de projet sur les thématiques liées au foncier, aux circuit-courts, à la création et à la transmission d'activité agricoles.

Autour du livret

Les carnets de campagne de Laurent Levard.

Laurent Levard, coanimateur du livret agriculture et orateur national sur ce thème, nous rend compte des événements qu'il anime au cour de la campagne. Ces récits permettent de saisir (au moins en partie) l’esprit des rencontres et l’accueil des idées du livret, a fortiori dans les territoire ruraux.

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11 MARS 2017 – ALENCON

 

Samedi 11 mars, réunion publique à Alençon (Orne) sur l’agriculture et la ruralité. Un département d’élevage laitier, mais également de céréaliculture dans l’Est notamment. Ici comme ailleurs l’expansion du modèle productiviste cause de multiples dégâts, avec notamment la destruction des paysages de bocage pour la culture de maïs ensilage. Un département où le recul d’activités économiques et des services publics tend à réduire à néant la vie sociale et constitue un terreau pour l’implantation de l’extrême droite.

Ainsi donc, une réunion publique bien préparée par l’Orne insoumise où se coordonnent la petite dizaine de groupes d’appui du département qui se mobilisent aussi pour la participation à la marche du 18 mars, pour laquelle un deuxième car a été affrété. Soixante-dix participants à la réunion, dont environ la moitié de non membres de la France insoumise y compris de nombreux paysans. Lors du très riche débat, plus de quinze personnes se sont exprimées.

Dans l’ensemble un accueil très favorable à nos propositions avec de nombreuses questions demandant des précisions sur tel ou tel aspect du programme. La question du financement de la transition à l’agriculture biologique a été soulignée, notamment pour les éleveurs laitiers qui souhaiteraient se convertir à l’agriculture biologique, mais ne le peuvent pas car trop fortement endettés et ligotés par leurs investissements dans le modèle productiviste. Un paysan explique clairement la situation : « Je suis endetté, je ne sais pas comment faire pour passer au bio ». Il nous faudra prévoir des mesures spécifiques pour faciliter ces transitions.

La nécessité de revoir la fiscalité a été aussi abordée, avec notamment les mesures de la dernière loi Macron qui favorisent encore plus le sur-investissement (possibilité d’amortir jusqu’à 40% du matériel en première année en cas de bons résultats économiques) et la course en avant dans le modèle productiviste. Des questions très précises ont également été posées pour stopper le processus de financiarisation de l’agriculture au travers les investissements de fonds de pension. De ce point de vue, nos propositions sur les transferts publics et sur le contrôle des structures apparaissent comme des outils essentiels. Une chercheure qui a travaillé sur le malaise agricole et les politiques territoriales souligne l’importance de ne pas se limiter à l’agriculture biologique, qu’il existe d’autres voies de transition à une agriculture écologique qui n’impliquent pas une conversion immédiate au bio.

La question de la sensibilisation et l'éducation des consommateurs à une alimentation de qualité a été aussi abordée, tout comme celle de la formation des jeunes et de la nécessité de libérer l’enseignement agricole des lobbies productivistes. En conclusion, une riche soirée qui montre l’intérêt de s’appuyer sur la richesse et le sérieux des programmes thématiques de la France insoumise pour s’adresser à la population. Une réunion où les équipes de la France insoumise ont par ailleurs vendu de nombreux programmes et livrets thématiques, ont recueilli de nouveaux contacts et sont reparties pleines d’énergie pour ces prochaines semaines de campagne.

 

10 MARS 2017 – RENNES

 

Vendredi 10 mars, arrêt à Rennes, où quinze groupes d’appui se sont créés à ce jour (25 en comptant les communes des alentours, plus de 40 dans le département de l’Ile-et-Vilaine) et où les militants de la France insoumise préparent activement la journée du 18 mars et le meeting avec Jean-Luc Mélenchon du 26 mars. Accompagné d’Enora Le Pape, candidate de la France insoumise pour la 8ème circonscription d’Ile-et-Vilaine, de Yannick Le Gargasson et d’autres militants de la France insoumise, nous avons visité la ferme pédagogique de La Clotière à Thorigné Fouillard à quelques kilomètres de Rennes et discuté avec son animatrice Sabine Anquetil et son équipe. Cette ferme est constituée de trois bâtiments anciens et d’un four à pain, ainsi que de quelques hectares, de cultures maraichères et de divers animaux. Un réservoir de biodiversité qui contribue à la continuité territoriale de la coulée verte autour de Rennes.

La ferme est installée sur des terres appartenant à la municipalité. Elle permet aux habitants de ce territoire péri-urbain de venir découvrir les réalités de l’agriculture, de voir des animaux, de venir en famille se promener et se reposer. Un véritable trésor pour une ville péri-urbaine comme Thorigné Fouillard, trésor qui pourrait être soutenu valorisé par sa municipalité pour y développer des activités scolaires et péri-scolaires par exemple, contribuer à la vie sociale, etc. Mais, tel ne l’entend pas la municipalité PS qui entend raser la ferme pour étendre la ville. Le bail précaire n’a pas été renouvelé et la ferme est maintenant en instance d’expulsion. Cet exemple non seulement révèle une gestion technocratique et une absence de vision de long terme de la part de la municipalité, mais elle illustre également la pertinence et l’urgence des propositions de la France Insoumise pour un plan de protection généralisée du territoire agricole et pour que les décisions d’artificialisation des terres ne soient plus du ressort des élus locaux qui sont soumis à tous type de pression pour urbaniser. En parallèle, il y a urgence à privilégier une densification de l’habitat urbain.

Nous avons par la suite visité la ferme maraîchère de Jean-Martial Morel, à Chavigné, et discuté longuement avec cet agriculteur bio, ainsi qu’avec Frédéric Vianpoule, paysan boulanger. Encore un exemple qui démontre que « le bio ça marche », et fait vivre correctement les paysans qui s’y consacrent. Dans le cas présent, les produits sont commercialisés en circuit court. Un point particulièrement remarquable de cette exploitation est l’absence à peu près totale d’apports de pesticides, y compris de pesticides naturels autorisés en bio. Jean Martial nous a ainsi expliqué que grâce à des cultures en plain champs ou sous des serres ouvertes aux deux bouts, et donc aérées en permanence et sans excès d’humidité et de chaleur, les légumes, qui poussent en fonction de leur calendrier naturel, sont totalement sains. Aucune trace de maladies, champignons, etc. Bien entendu, l’existence d’une rotation contribue à cette situation. Une rotation bien pensée en fonction des caractéristiques et besoins des différents types de plantes : après une année d’engrais verts, sont cultivés les légumes à feuille, puis les pommes de terre, puis les légumes à fruits, et enfin les légumes à tubercules. La fertilisation est assurée par l’utilisation de fumier de cheval. Nous avons également pu discuter de l’importance de la question des semences et de la lutte pour que puissent être intégrées dans le catalogue officiel des variétés des populations de semences paysannes, libres de tout droit, valorisant la biodiversité issue de siècles d’agriculture (variétés traditionnelles), avec des critères assouplis car de telles populations ont forcément une certaine hétérogénéité.

La réunion publique a réuni plus de 90 personnes à Mordelles, à 15 km de Rennes, impeccablement organisée par les équipes de la France insoumise. Suite à mon intervention, le témoignage poignant de Michel Bernard, le président du Collectif de défense des victimes des pesticides de l’Ouest. Collectif qui mène un travail remarquable de soutien aux milliers de victimes des pesticides (paysans, salariés de l’agriculture et de l’agroalimentaires, dockers qui passent leur vie à manipuler les importations de soja et de céréales importées et bourrés de pesticides, des milliers de drames humains avec des travailleurs qui se retrouvent sans travail, malades, non reconnus comme victimes d’accident du travail, des familles détruites, etc.), d’appui aux diverses démarches administratives et juridiques (une « démarche du combattant », tant ce scandale continue à être étouffé, nié par toutes les structures influencées par les lobbies du modèle d’agriculture productiviste), d’alerte, de sensibilisation, de plaidoyer pour l’arrêt total des pesticides, seule solution viable pour mettre fin à ce scandale. La réunion a également été l’occasion de riches échanges, suite à la constitution de petits groupes de travail, sur de nombreuses questions : aides de la PAC, foncier, semences, etc. Bravo à la France insoumise de Rennes pour cette riche soirée où plus de la moitié des participants n’étaient pas (encore !) parties prenantes du mouvement !

 

9 MARS 2017 – DEUX SEVRES

 

La journée a été consacrée à visiter plusieurs exploitations en agriculture biologique en compagnie des candidates titulaire et suppléantes aux législatives dans la première circonscription des Deux-Sèvres, Nathalie Seguin et Karine Olivier, et d’autres militants de la France insoumise. Arrivé à 14h à Niort, j’ai participé à la visite de l’exploitation de Benoît et Fernanda Piron, par ailleurs maire de Saint Pardoux. Nous avons pu discuter avec Benoit qui nous a fait visite son exploitation, une ferme à dominante arboriculture, principalement la production de pommes. Benoit cultive plus d’une dizaine de variétés de pommes, avec notamment la valorisation de variétés traditionnelles, ainsi que des abricotiers, pêchers, fraisiers, etc. Un homme de conviction qui a dû affronter de multiples difficultés et oppositions pour développer son projet. Auparavant salarié agricole d’une grande exploitation de pommes, il a voulu rompre clairement avec ce modèle, d’autant plus que son propre fils est décédé d’un cancer probablement lié à la contamination de l’environnement de vie par les pesticides.

La région est marquée par un fort développement de la grande agriculture capitaliste de pommiers en vue de l’exportation, sur la base d’un modèle productiviste avec plus de 60 passages de pesticides par année ! Dans les zones de plaine, le développement de la monoculture du maïs se traduit par une accentuation des dégâts écologiques et notamment la destruction rapide des haies, entrainant des phénomènes d’érosion et une perte de biodiversité . Le développement de l’agriculture productiviste dans les Deux-Sèvres est cause d’une pollution des eaux souterraines (nitrates et pesticides), entrainant notamment un fort coût de purification de l’eau et une mortalité élevée dans les élevages de moules des estuaires. Le projet de construction de retenues d’eau (bassines) pour l’irrigation de la culture de maïs sur fonds publics va accroitre encore davantage la pression sur les nappes phréatiques et illustre la situation actuelle de course an avant de l’agriculture productiviste. Les Deux Sèvres constituent également une parfaite illustration du modèle d’agriculture duale que nous dénonçons –et défendue par tous les autres candidats, notamment Emmanuel Macron, au nom du fait qu’on aurait besoin de tous les types d’agriculture, qu’il « y a de la place » pour une agriculture diversifiée et différents modèles, etc. Si l’agriculture biologique se développe dans le département, la croissance en termes de surfaces est lente, car l’essentiel des terres est accaparé pour la croissance des grandes exploitations productivistes, avec une spéculation foncière se traduisant par un renchérissement permanent du foncier agricole. Nos propositions pour stopper et inverser le processus de concentration du foncier –et rappelons que nous sommes les seuls à faire ces propositions- prennent tout leur sens dans ce type de situation.

Pour revenir à la ferme de Benoit Piron, celui-ci applique les principes du label biocohérence. Il met en garde contre les dérives de l’agriculture biologique, liées notamment aux insuffisances du cahier des charges européen : de nombreux pesticides naturels, mais pouvant présenter des dangers pour la santé, sont en effet autorisés. L’agriculture bio est en partie récupérée par l’agro-business (firmes d’intrants) et par de grandes exploitations qui appliquent de façon systématiques des traitements bio, bien éloignée de la démarche de l’agriculture biologique et paysanne qui est avant tout de valoriser le potentiel des écosystèmes (y compris via la lutte biologique), en appliquant des traitements naturels uniquement en cas de besoin. Si nous accédons au pouvoir, nous devrons tenir compte de ces éléments pour faire évoluer certaines pratiques de l’agriculture biologique et encourager les démarches comme celle de bio-cohérence.

Une autre leçon de cette visite est que, si les rendements à l’hectare sont plus faibles qua dans l’agriculture conventionnelle, la très forte réduction des coûts de production et la meilleure valorisation des produits (dans ce cas, vente en circuits courts via des AMAP et une vente en direct) permettent de vivre de son travail.

Enfin, cette visite confirme la question de l’importance du haut niveau de savoir-faire technique pour mettre en œuvre ce type d’agriculture. Et donc de la nécessité d’un accompagnement des agriculteurs passant en bio, de circuits d’échanges, de la valorisation des agriculteurs qui, comme Benoit, a accumulé un niveau de connaissance et de savoir-faire tout-à-fait exceptionnel.

En soirée, la réunion publique à Maizières en Gâtinais a été un succès. Soixante-dix participants, dont plus des deux-tiers n’étaient pas militants de la France insoumise. Une réunion animée avec brio par les candidates Nathalie et Karine qui ont parfaitement fait le lien entre tout ce que nous avions vu dans la journée et notre projet, et qui mènent cette campagne avec sérieux et enthousiasme. Une occasion de présenter en détail le programme pour l’agriculture de la France insoumise et de son candidat à l’élection présidentielle, Jean-Luc Mélenchon. Un échange riche avec les participants, un intéressant témoignage du maire de la commune de Saint Mar, dont la totalité de la restauration scolaire est maintenant en bio et en circuits court, grâce notamment à une forte volonté politique et un plein engagement du personnel de la restauration. Une confirmation que, grâce à une politique de réduction à pratiquement zéro des gaspillages alimentaires, le coût de revient de tels repas (1,50 €) peut être équivalent au coût habituel. Des échanges aussi sur la place de l’élevage dans la transition écologique, l’évolution des modes de consommation, les dégâts de l’agriculture productiviste, la nécessaire protection du foncier, la redistribution des revenus comme élément essentiel pour permettre une alimentation de qualité pour toutes et pour tous et une juste rémunération du travail paysan.

5 mars : Débat télévisé depuis le Salon de l'Agriculture.

Léa Lugassy, membre de l'équipe d'animation du livret Agriculture, a défendu le programme agricole de la France insoumise face à une représentante d'Emmanuel Macron. L'intitulé du débat est : "quelles perspectives pour les agriculteurs dans les programmes des candidats à la présidentielle ?"

Léa intervient à partir de la 29éme minute : http://pluzz.francetv.fr/videos/dimanche_en_politique_alpes.html

3 mars : Laurent Levard : « Garantir aux paysans le droit de vivre de leur travail », article dans l'Humanité.

"Laurent Levard a participé à la rédaction du programme agricole de la France insoumise. La résolution de la crise paysanne passera par un prix rémunérateur et le développement d’une agriculture écologique, défend-il."

Retrouvez l'interview compléte de Marie-Noëlle Bertrand, Cheffe de rubrique Planète pour le journal l'Humanité : http://www.humanite.fr/laurent-levard-garantir-aux-paysans-le-droit-de-vivre-de-leur-travail-632901

28 février : 3 auditions thématiques : l'Association Française d'Agroforesterie, le Mouvement Inter-régional des Amap et Pollinis

L'équipe agriculture a organisé des auditions au siège de campagne de la FI avec trois associations, que sont l'Association Française d'Agroforesterie, le Mouvement Inter-régional des Amap et Pollinis. Ces rencontres ont permis d'échanger sur des sujets précis et d'enrichir une nouvelle fois le programme de la France Insoumise.

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L'AFAF a présenté sa vision de l'agroforesterie en rejetant tout dogmatisme, considérant l'agroforesterie comme dépendante de l'agriculteur et soutenant que le sujet de l'agroforesterie est l'agriculture, l'arbre n’étant seulement qu’un maillon. l’AFAF soutient que l’implantation d’arbres dans les exploitations agricoles doit en premier lieu répondre aux problématiques que rencontrent les agriculteurs (érosion, perte de fertilité des sols, manque de pollinisateurs ou d’auxiliaires des cultures), et ce afin que leur adoption puisse se généraliser. Pour encourager cette pratique, l'AFAF insiste sur la mise en avant des services éco systémiques de l'intensification végétale. L’aspect économique ne doit cependant pas être négligé, et le soutien à la filière bois (entre autres) peut permettre de valoriser la composante arbre des agrosystèmes, et ainsi un complément de revenus aux agriculteurs. Le financement de projets agricoles de plantation doit donc être encouragé, ainsi qu'un soutien aux différentes filières en lien avec l’agroforesterie, et la mise en place de conseils aux agriculteurs.


La venue de Pollinis, association pour la protection des pollinisateurs a permis de dialoguer avec Pauline Landel, chargée du plaidoyer, Nicolas Laarman, délégué général de l'association, d'Hacene Hebbar, coordinateur des projets, et de Vincent Canova, apiculteur, sur le sort de l'abeille noire, race aujourd'hui menacée par le développement de races hybrides (type Buckfast) ou étrangères. Quinze conservatoires ont été créés pour endiguer le déclin de cet écotype national. Pollinis soutient qu'une agriculture biologique et paysanne ne peut être envisagée sans abeille noire. Pour préserver cette race, elle demande de stopper autant que possible la transhumance, pratique utilisée pour vendre des services de pollinisation, et réclame des mesures pour sédentariser les ruches. L'association dénonce une restructuration de la filière qui se cristallise autour d'une vision particulière de l'apiculture avec des pratiques non durables, adossées au service de pollinisation. Ce système renforce les normes sanitaires et exclut de facto l’apiculture paysanne..
Pour contrer ce mouvement, la Fédération des conservatoires et Pollinis essayent de définir un contenu de formation à destination des futurs apiculteurs qui intègre pleinement l'abeille noire, ainsi que des pratiques d’apiculture extensive. L'association demande de prendre en compte ces formations et de mettre en place des moyens de protéger juridiquement les conservatoires.

MIRAMAP a profité de notre entrevue pour nous informer du lancement de leur campagne "Nous Produisons, Nous Mangeons, nous Décidons". Une campagne qui plaide pour l'ouverture des instances de gouvernance alimentaire aux citoyens. MIRAMAP demande l'organisation d'une gouvernance qui permette la représentation de tous les intérêts de la population et la participation réelle des mouvements citoyens.

28 février : visite de la Délégation France Insoumise au Salon de l'Agriculture

Au lendemain du lancement par Jean Luc Mélenchon du livret Agriculture dans une ferme de l’Oise dont le modèle est une parfaite incarnation du projet agricole de la FI, une Délégation de la France Insoumise était présente au Salon de l'Agriculture, menée par Laurent Levard et Eve Saymard, tous deux co-animateurs agriculture de la campagne de la France Insoumise. Cette rencontre a permis de rencontrer de nombreuses organisations qui partagent nos préoccupations.

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La visite du Salon s'est ouverte sur un échange avec la Confédération paysanne. Celui-ci a été l'occasion d'aborder les insuffisances des mesures de limitation de pesticides. La gestion de ce problème majeur est aujourd'hui restreinte à des ZNT (zones non traitées) et des mesures de protection des populations fragiles (maisons de retraites, hôpitaux, crèches). Cette situation entraine les agriculteurs à intensifier toujours plus les cœurs de parcelles pour compenser le manque à gagner sur les bordures, et ne permet donc pas de réduire durablement l’usage de pesticides. De ces mesures résultent des riverains toujours aussi exposés et des paysans condamnés à supporter l'impact de cette limitation. Nous avons rappelé à cette occasion que la France Insoumise porte au cœur de son projet une réduction drastique de l’usage de pesticides par tous les agriculteurs, mais que cette réduction ne peut se faire que de manière construite et progressive et doit nécéssairement s’accompagner d’une modification de l’ensemble des pratiques agricoles (variétés utilisées, complexification des rotations, techniques de désherbage mécanique…) pour ne pas être subie par les agriculteurs.

La régulation du marché et la rémunération des prix ont aussi été évoquées à travers notre rencontre avec Interfel, l'interprofession de la filière des fruits et légumes frais. Laurent Levard a soutenu auprès de la filière la nécessité d'entamer une transition écologique pour l'ensemble de l'agriculture, rappelant que la FI était catégoriquement opposée à un modèle dual qui reviendrait à promouvoir une niche d’agriculture biologique destinée aux consommateurs les plus favorisés face à la domination, sur l’immense majorité du territoire, d’une production de masse de produits de mauvaise qualité pour la grande majorité de la population. Pour cela la rémunération du travail agricole est essentielle et nécessite la régulation de la production (quotas pour certaines productions), et l’encadrement des prix et des marges, par le biais de coefficients multiplicateurs pour la grande distribution et de prix minimums versés aux producteurs. La relocalisation de la production est elle aussi centrale, la restauration collective pouvant être un outil redoutable dans l'accomplissement de cet objectif. Un nouveau contrat entre la société et les agriculteurs est ainsi proposé, intégrant la rémunération, la transition écologique, et la relocalisation.

Le Snetap, premier syndicat de l’enseignement agricole public, a lui interpellé la Délégation sur l'enjeu de l'enseignement public agricole et du budget qui lui est consacré. Le Snetap, en soutien avec la France Insoumise, insiste sur l'importance de développer l’enseignement public agricole. Aujourd'hui l’enseignement public est minoritaire puisque les 2/3 des élèves sont scolarisés dans des établissements privés. Cela s'explique essentiellement par un manque de moyens. Nous partageons le point de vue du Snetap qu’il est indispensable de libérer l'enseignement agricole du poids du lobbying de la profession agricole. L'enseignement privé dépend des professionnels et a subséquemment tendance à reproduire son propre modèle, s'embrigadant dans le productivisme. Au contraire les établissements publics devraient être un moyen d'expérimenter d'autres modèles de production. Par exemple, convertir les fermes de tous les lycées agricoles en exploitations pratiquant l'agriculture biologique d'ici 5 ans.  

Le changement de gouvernance des Sociétés d'aménagement foncier et d'établissement rural (SAFER) et des Chambres d’agriculture est un sujet dont la Délégation a pu débattre avec les Civam, Terres de lien et le Mouvement rural de jeunesse chrétienne. L'objectif de la FI étant de limiter les tailles des exploitations agricoles et affronter la problématique du prix du foncier ainsi que le problème des retraites agricoles qui y sont liées.

La Délégation a aussi marqué l'arrêt au stand de l'Agence Bio, du Modef et de la Coordination Rurale. L'Agence Bio a rappelé l'extrême difficulté des agriculteurs reconvertis au Bio en 2015 lors de la réforme de la PAC. Une réforme qui promettait de mettre en place des aides permettant le maintien et/ou l'accompagnement des exploitations agricoles vers le bio. Ces aides, aujourd'hui miroir aux alouettes, n'ont toujours pas été versé par l'Etat pour 2016, entrainant de nombreuses exploitations vers la faillite.

La visite de l’Agence bio a permis de remettre aux acteurs de l’agriculture biologique le Pacte pour une agriculture biologique signé par Jean-Luc Mélenchon (photo).

8 février : Le programme agricole de la France insoumise s’illustre pendant le grand débat sur l’agriculture biologique.

Le 8 février, à l'invitation de la Fédération Nationale de l’Agriculture Biologique (FNAB), du  syndicat national des entreprises biosynabio (SYNABIO) et de la Commission bio de Coop de France, les candidat·e·s à l’élection présidentielle se sont exprimés sur le « Pacte bio 2017 » à travers leurs représentant·e·s. Ce fut aussi l’occasion d’un débat général autour des programmes en matière d’agriculture.

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Avant toute chose, les principaux chiffres du secteur de l’agriculture biologique ont été rappelés (label AB) :

  •         Une croissance spectaculaire du marché  de + 20 % pour la seule année 2016, atteignant les 6,9 milliards d’euros de chiffre d’affaire.
  •         1 nouveau magasin bio ouvre tous les 2 jours.
  •         76 % de la consommation bio française est fabriquée en France. → je ne comprends pas la phrase, proposition : 76 % des produits bio consommés en France y sont également fabriqués.
  •         5,8 % des surfaces agricoles françaises sont bio en 2016 et 21 nouvelles fermes se convertissent chaque jour en 2016.

La forte évolution de ce secteur traduit une volonté toujours plus importante de manger sainement ainsi qu’une conscience environnementale accrue dans la population. Le label Agriculture Biologique (AB) garantit la qualité des produits et l’absence de substances nocives commes les pesticides. Jusqu’à présent, le bio est surtout réservé à ceux qui peuvent se le permettre, car son prix est élevé. Pour démocratiser l’accès à une nourriture de qualité, les 3 collectifs ont rédigé un pacte pour le bio à destination des candidat·e·s dont voici les grands axes :

-          Amener la France au rang de leader européen de l’agriculture biologique.

-          Soutenir un secteur économique d’avenir.

-          Encourager le développement de la production biologique.

-          Relocaliser l’emploi agricole et agroalimentaire.

-          Garantir des politiques agricoles et agroalimentaires favorables aux filières bio.

-           Développer des outils de financement adaptés.

-          Augmenter la consommation de bio dans la restauration collective.

-          Impliquer tous les acteurs des filières bio dans leur gouvernance.

La France insoumise et son candidat à l’élection présidentielle, Jean-Luc Mélenchon, soutiennent pleinement ce Pacte. En effet, nous portons un projet de transition de l’ensemble de l’agriculture et du système alimentaire vers une agriculture écologique et paysanne. Dans ce projet, l’agriculture biologique occupe une place tout à fait centrale.

Pour Laurent Levard, co-animateur du livret agriculture : « Notre constat est que le modèle agricole et alimentaire aujourd’hui dominant ne répond plus à l’intérêt général quel que soit l’angle considéré. Notre projet d’agriculture écologique sera mis en œuvre dans le cadre d’une loi spécifique : elle suppose la conversion progressive de l’ensemble des agriculteurs aux principes de l’agriculture écologique et biologique. »

C’est en cela que le programme de la France insoumise s’est démarqué de celui du reste des candidats. En effet, l’agriculture biologique n’y est pas considérée comme une filière, se développant en parallèle de la filière agricole traditionnelle. Nous la voyons comme un objectif vers lequel toute l’agriculture doit être progressivement orientée.

Pour cela,  nous pouvons nous appuyer entre autre sur un transfert des fonds du premier pilier de la PAC (aides à la production et aux revenus) vers le deuxième pilier (mesures agri-environnementales) et un encadrement strict de celui-ci.

La restauration collective est une priorité. Nous mettrons en oeuvre un plan de transition vers le 100 % bio dans 5 ans. Le surcoût de l’introduction des produits biologiques en restauration collective sera compensé par la baisse du gaspillage.

L’agriculture biologique est aussi une source d’emplois, puisqu’elle peut en créer 50 % en plus que l’agriculture traditionnelle pour une même surface. Nous créerons 300 000 emplois paysans. C’est donc aussi la filière de formation qui sera refondée, ainsi que la recherche publique (INRA…). Il y a un fort enjeu à développer des semences adaptées à l’agriculture biologique. La France insoumise  a d’ailleurs été la seule organisation à aborder la question des semences, pourtant stratégique.

De la même façon, les autres représentant·e·s des candidats n’ont pas abordé la question sociale et le lien entre agriculture biologique et société. Fort d’un programme cohérent, Laurent Levard a ainsi expliqué :

« Nous sommes pour des prix agricoles rémunérateurs, ceci implique des prix plus élevés pour les consommateurs, et ceci suppose non seulement une évolution des modes de consommation mais aussi une redistribution des revenus dans la société. Vous ne pouvez pas avoir une démocratisation de la consommation de produits agricoles de qualité, notamment bio, dans un contexte d’austérité, où une partie de la population a du mal avec les fins de mois. Il n’y aura pas d’agriculture de qualité s’il n’y a pas une distribution plus juste des revenus dans la société. »

L’intervention de la France insoumise a été très appréciée, et un nombre conséquent de livrets agriculture ont été distribués lors de cet évènement. Le débat qui a suivi les différentes interventions a démontré que notre programme agricole est à ce jour le plus détaillé.

L’intégralité du débat : http://www.fnab.org/actualites/evenements/954-la-bio-dans-la-campagne-presidentielle-2017